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Octobre 2019
« Monsieur Châtel me demande comment nous vivrions en ce pays là. (...) Je lui dis que nous travaillerons et que je leur promettais du pain et du potage. Ce qui lui tira les larmes des yeux. »

Écrits de Mère Bourgeoys, p. 51

« Je t’ai appelé(e) par ton nom »

Pendant la prière du matin, je me suis soudainement rendu compte que non seulement Dieu m’appelait à la foi catholique, puis à la vie religieuse, mais que Marguerite m’appelait aussi. J’ai l'impression qu’elle savait que j’étais destinée à être l’une des siennes et elle a demandé à Dieu de me mettre entre ses mains. Quelle joie m’a donnée cette prise de conscience si près de mes vœux perpétuels ! Mon accompagnatrice spirituelle m’a demandé si je croyais que Marguerite me faisait confiance quant à sa Congrégation. Je me suis alors mise à pleurer, n’arrivant pas à saisir toute la portée de ce fait, qu’être l’une de ses sœurs signifie que nous nous confions mutuellement nos vies. Elle souhaite que je réponde à ses attentes en tant que sœur de la Congrégation de Notre-Dame ; que j’honore particulièrement la « vie voyagère » de Marie dans sa Visitation ; que je sois libre d’aller partout où l’annonce de l’Évangile exige ma présence pour apporter au monde par mes paroles et par mes actions la connaissance et l’amour de Jésus, le Verbe incarné.
 
Vous connaissez toutes désormais l’histoire de mon appel, et bien qu’il s'agisse d’un appel précieux et spirituel provenant de Dieu, j’aimerais parler de l’appel d’une manière différente. On m’avait demandé de rencontrer une patiente qui s’appelait Terry. Susan était ma partenaire ce jour-là. Il y a tout un contexte que je n’aborderai pas, mais ce que je tiens à souligner, c’est que j’avais oublié le nom de la patiente lorsque j’ai rencontré sa famille. Ce n’était pas la première fois que cela m’arrivait, et j’ai habituellement ma liste de noms sous la main, mais pas cette fois. Susan a fait remarquer que cet oubli avait changé l’atmosphère. Je l’ai interrompue en réalisant : « Je ne l’ai pas appelée par son nom et ainsi j'ai affecté ma relation avec eux. » Ce n’est que lorsque nous sommes retournées et que j’ai prononcé le nom de Terry que j'ai été vraiment bien accueillie dans la pièce, dans la vie de la famille. Comme nous l’apprend le psaume 139, Dieu appelle chacun et chacune de nous par son nom : « Yahvé tu me sondes et me connais. » Tout au long de l'Écriture, Dieu appelle des femmes et des hommes. Toutes ces personnes répondent différemment à son appel dans leur vie.

Abraham et Sara – Genèse 12 et 17
Moïse – Exode 3-4
Josué – 1
Débora – Juges 4,4-22
Anne et Samuel – 1 Samuel 1-4
Isaïe – 6
Jérémie – 1,4-19
Ézéchiel – 1-3
Zacharie et Élisabeth – Luc 1
Marie – Luc 1
Jean le Baptiste – Luc 3,1-20
Jésus – Matthieu 3-4 ; Marc 1 ; Luc 3-4
Pierre – Luc 5,1-11
Paul – Actes 9; Romains 1,6 ; Galates 1

 

Marguerite Bourgeoys –
En 1640, à l'âge de 20 ans, elle a vécu une expérience spirituelle qu'elle a ensuite décrite comme une « touche » de grâce. Désireuse de répondre à l'appel de Dieu, elle a décidé de se donner à lui.

Janet – 2005

Cette année d’éducation professionnelle continue (Continued Professional Education – CPE) a été remplie d’histoires d’appels. Chaque jour, nous vérifions nos unités pour savoir à qui nous devons rendre visite. J’ai alors entendu la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? » Et je dis : « Me voici, envoie-moi » (Isaïe 6,8). Une autre lecture est possible : « Bonjour, je suis la préposée de l’unité xx, nous avons un patient qui vit une grande détresse spirituelle et qui demande un aumônier. » L'aumônier répond : « J’arrive tout de suite. » Samedi dernier, alors que je me détends dans ma chambre en savourant une tasse de café, heureuse de n’avoir pas beaucoup de devoirs à faire, je reçois un appel de sœur Blanche, dont la chambre est au bout du couloir, me disant qu’elle a mal à la poitrine. Je m’empresse d’aller la rejoindre et la trouve assise – elle transpire et sa voix tremble. Je lui pose mes questions d’infirmière : depuis combien de temps ? mal de tête ? étourdissements ? perte de vision ? « Non » à toutes les questions. Elle me dit que son malaise a duré de 20 à 25 minutes, mais je devine que cela fait probablement plus longtemps – elle ne veut déranger personne, surtout pas moi, car elle sait que je suis toujours très fatiguée le week-end venu. En réponse à mes questions sur sa douleur à la poitrine, elle la décrit comme écrasante, lourde, persistante. Je lui explique qu’elle semble faire une crise cardiaque et qu’elle doit aller à l’hôpital. Elle se rebelle et je partage sa peur, mais je lui parle et l’aide à comprendre pourquoi elle doit partir. Nous nous habillons toutes les deux et j’appelle le 911. (Elle ne veut pas aller à l’hôpital en chemise de nuit.) Les ambulanciers paramédicaux arrivent, font les tests standard et lui disent également qu’elle doit aller à l’hôpital. Elle proteste, mais je lui dis d’une voix ferme et aimante qu’elle n’a pas le choix. Elle cède, les autres sœurs l’accompagnent à l’extérieur jusqu'à l’ambulance, et je me rends en voiture à l’hôpital pour les retrouver à l’urgence.
 
Sœur Blanche n’est pas la première sœur qui m’a appelée dans sa chambre, mais elle était la plus malade. Dans mon cœur, je savais que cela ne finirait pas bien, mais je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir. À son arrivée, elle a été prise en charge par une multitude d’infirmières, d’aides et de médecins en cardiologie, en chirurgie cardiothoracique ainsi que par des médecins et des infirmières du laboratoire de cathétérisme. Dans la cacophonie, j’étais l’aumônier, la sœur, l’infirmière et l’amie de Blanche. Mais surtout, j’étais la sœur responsable de ses soins et son lien avec le leadership provincial et avec notre infirmière en route du Rhode Island vers l’hôpital. Ma voix est la voix qui portera les souhaits de ma sœur bien-aimée si nécessaire. Oh mon Dieu sois avec moi ! Aide-moi à être pour ma chère sœur tout ce dont elle a besoin que je sois pour elle. « Moïse dit à Yahvé : “Excuse-moi, mon Seigneur, je ne suis pas doué pour la parole, ni d’hier ni d’avant-hier, ni même depuis que tu adresses la parole à ton serviteur. […]”  […] “Va maintenant, je serai avec ta bouche et je t’indiquerai ce que tu devras dire.” (Ex 4,10.12). » Blanche répond aux questions comme elle le peut et j’interviens quand sa mémoire lui fait défaut. Elle compte sur mon aide et me remercie constamment d’être avec elle. Je ne suis pas sûre qu’elle saisisse la complexité de la situation parce qu’elle ne me pose pas de questions sur ce qui se passera si... Donc, lorsque nous avons un moment, je lui demande si elle a compris ce qui va se passer et elle répond « seulement un peu ». Je reviens alors sur ce qui a été dit et elle pleure. Elle me demande si c’est sérieux et je réponds que cela semble être le cas. Je prends sa main et nous ne prions qu’un moment parce que son ECG s’aggrave et qu’il faut l’amener immédiatement au laboratoire de cathétérisme cardiaque. L’équipe m’ayant permis de la suivre, je lui tiens la main jusqu’au troisième étage, jusqu’à la porte. Comme on la pousse à l’intérieur, à mi-chemin, je demande qu’on s’arrête pour que nous puissions prier de nouveau. Cette fois, j’invoque les noms de Marguerite et de Jésus pour qu’ils soient avec elle et demande à l’Esprit Saint d’aider l’équipe chargée des soins. Je l’assure que je passerai des coups de fil, entre autres à sa famille. Je lui dis que je l’aime – moi aussi me répond-elle – et c'est la dernière fois que je la vois jusqu'à ce que l’on m’amène à la table où elle repose morte, environ cinq heures après que tout ait commencé.
 
Nous sommes appelés par notre nom. Notre nom est un artéfact de la vie de nos parents, de notre culture, de nos histoires personnelles et des rêves qu’ils avaient pour nous. Le don du nom est quelque chose que vous portez toute votre vie et qui marque votre tombe quand vous quittez ce monde. Les funérailles de sœur Blanche ont été les premières funérailles d’une sœur auxquelles j’ai assisté. Les autres fois, j’étais absente – par exemple, la croix que je porte appartenait à une autre sœur que j'aimais – morte alors que j’étais au Cameroun. La messe des funérailles de Blanche a été magnifique. Les bancs étaient occupés par de nombreux enseignants et enfants, des jeunes et des plus âgés, à qui elle a enseigné ou qu’elle a aidés quand elle était secrétaire de notre école. Sa vie et son souffle imprègnent notre école, l’école Villa Maria – elle connaissait chaque enfant par son nom. Cela l’a perturbée à la fin lorsque sa mémoire défaillante l’empêchait de se souvenir des noms. Je suis également embarrassée lorsque je ne me souviens pas du nom de quelqu’un.
 
Nous avons une belle et grande pierre tombale sur laquelle le nom de la Congrégation de Notre-Dame est gravé et autour de laquelle se trouvent les traces de nos sœurs enterrées ici. Nous sommes appelées par notre nom. J’en connais à peine quelques-unes, mais au fur et à mesure que je marche et découvre d’autres noms plus loin sur le chemin, j’entends mes compagnes me raconter une petite histoire sur chacune de ces sœurs. Voici comment Dieu nous appelle – nous naissons, nous vivons appelées à réaliser son œuvre et notre heure venue, il nous appelle à rentrer chez lui. Ma sœur Blanche a été appelée à rentrer chez Dieu au moment où il l’a voulu. Tout le monde à l’enterrement soulignait qu’elle était maintenant heureuse, en présence de Dieu et connaissant l’Amour. C'est peut-être vrai, mais j’ai le cœur brisé en ce moment. Pendant la veillée funèbre, j’ai partagé une petite réflexion sur cette expérience. J’ai dit que je croyais que son cœur s’était brisé parce qu’il était incapable de contenir plus d’amour. Débordant d’amour, il a juste éclaté, et cet amour se répand maintenant sur toute la création. Elle croyait en la théologie du cosmos avant que cela ne devienne une théologie. C’est ainsi que je peux donner un sens à une tragédie qui n’a aucun sens. J’ai été appelée avant que ma mère ne me connaisse. Mon Dieu m’a appelée et n’a jamais cessé de m’appeler jusqu’à ce jour. Il  appelle jusqu’à notre dernier souffle. J’espère seulement que j’entendrai sa voix et continuerai à dire OUI.

Janet Lawrence, CND

Calendrier des événements

12 octobre
18 h, Miramichi, NS
Exposition d’art réalisé par des sœurs et d’anciens élèves de la Congrégation de Notre-Dame.
Carrefour Beausoleil, 300, chemin Beaverbrook, Miramichi.
Suivi d’une réception vin et fromages offerte par le Carrefour Beausoleil.
*L’exposition sera en tournée à Saint-Jean, Moncton et Fredericton.
 
13 octobre 
11 h, Miramichi, NB
Messe de l’Action de Grâce en l’honneur de l’arrivée de la Congrégation de Notre-Dame à Miramichi et du 400e anniversaire de la naissance de Marguerite Bourgeoys.
Église St. Mary’s, 360 boulevard Newcastle, Miramichi, NB
 
 
31 octobre
De 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 à 18 h, Troyes, France
Colloque « Marguerite Bourgeoys, 1620-2020, de Troyes à Montréal »
Intervenants : M. Denys CHOUINARD (Montréal), M. Jean-Paul PIZELLE (Langres), M. Bruno BOURG-BROC (Châlons-en-Champagne) et M. Éric THIERRY (Laon)
Amphithéâtre de l'Hôtel du Petit Louvre, Troyes.

4 au 10 novembre 2019 
Retraite prêchée sous le thème: Mon histoire avec Dieu à l’école des prophètes.
En explorant la vie le message de quelques grands prophètes, nous découvrirons leur capacité de déceler l’agir étonnant de Dieu dans leur vie. Ces prophètes nous apprennent ainsi à découvrir comment Dieu s’insère et agit dans nos propres vies, aujourd’hui.
Maison de prière Notre-Dame, 180, boul. de Normandie, Longueuil, QC

                   
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Pour nous joindre: cnd@cnd-m.org

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