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Speech of Delight, bulletin d'information de Shenten Dargye Ling, Mai 2018

Speech of Delight
bulletin d'information de Shenten Dargye Ling
Mai 2018

Sommaire:


- Éditorial de Khenpo Gelek Jinpa
- Entretien avec Drubdra Khenpo Tsultrim Tenzin : "Shenten est un endroit isolé parfait pour la méditation"
- L'école himalayenne et internationale de Tise a ouvert ses portes !
- Quelques faits pour vous familiariser avec la fondation Yungdrung Bön Stiftung 
- Treize années de préservation et d'embellissement de Shenten Dargye Ling
- En quête du Bön en Mongolie : quelques mots de Jean-Jacques sur son voyage là-bas
- Entretien avec Zopa Rinpoché, un lama bönpo de Mongolie : "déjà, enfant, le bouddhisme m'intéressait".
- En video : Yongdzin Tenzin Namdak Rinpoché parle des descendants vivants du bouddha Tonpa Shenrab 
Chers frères et sœurs de sangha,
Je voudrais vous dire quelques mots, grâce à cet éditorial du nouveau numéro du Speech of Delight, notre bulletin d'information.
 
Je souhaite partager avec vous ma tristesse en raison de la perte de François-Xavier, notre précieux frère de sangha, notre ami proche. Il est décédé le 18 avril. Nombreux sont parmi vous ceux qui l'ont souvent rencontré à Shenten, où il a travaillé avec un enthousiame et un engagement immenses. Son travail a produit de très nombreux bienfaits pour Shenten, jusqu'à ce qu'il tombe sérieusement malade, voilà un an.



 


Nous avons passé des moments merveilleux ensemble, planifié bien des améliorations pour Shenten avant de réaliser nombre d'entre elles. Je lui ai rendu visite plusieurs fois, ainsi que d'autres lamas, pendant les derniers mois où sa santé s'est dégradée. Une semaine à peine avant son décès, nous récitions des prières et des mantras ensemble, tout particulièrement le gourou yoga et le mantra DUTRISU. Khenpo Tenpa Yungdrung Rinpoché, ainsi que Geshe Samten et moi-même, lui avons rendu visite la veille de sa mort. François est décédé paisiblement et a reçu powa par Khenpo Rinpoché. De mon point de vue, ce sont des circonstances très favorables qui lui assureront du soutien pendant son passage dans le bardo. Le jour de son décès, ainsi que les jours suivants, nous, les lamas de Shenten, avons récité la prière de Tsewang Monlam - celle des bardos - et la prière de libération par l'écoute, qui fait partie des textes rituels du Zhitro.
S'il vous plait, continuez à garder François dans vos prières pendant les 49 jours qui suivent son décès.
 
Nous tous, membres de la congrégation comme de l'association Shenten Dargye Ling, qui sont comme deux corps dotés d'un seul et même cœur, le Yungdrung Bön, perpétuons le travail au bénéfice de Shenten, avec l'impermanence de nos vies à l'esprit. J'espère voir beaucoup d'entre vous pendant la retraite d'été.
 
Puisse tout être favorable, 
Du fond du cœur,
 
Khenpo Gelek Jinpa


 
Shenten est un endroit isolé parfait pour la méditation
Entretien avec Drubdra Khenpo Tsultrim Tenzin 

 
Rinpoché, vous êtes à la tête de l'école de méditation, le Drubdra. Nous aimerions savoir quels y sont vos étudiants : pourquoi certains moines décident-ils d’entrer à l'école de méditation ? Est-ce que cela a lieu avant d’obtenir le diplôme de Geshe, plutôt après, ou est-ce que cela n’a rien à voir ? Comment les choses sont-elles organisées ?
Traditionnellement, la plupart des gens qui rejoignaient l’école étaient ceux qui n'avaient pas choisi d'obtenir le diplôme de Geshe, mais aujourd'hui de nombreux Geshes suivent les cours de l'école de méditation soit après avoir terminé l'école dialectique soit pendant leurs études à cette même école, le Shedra. Les moines âgés, sans le diplôme de Geshe, constituent un autre groupe d’étudiants. Parfois, certaines nonnes se joignent à des cours ainsi qu’à la méditation, mais elles ne peuvent pas obtenir le certificat à la fin des quatre années. Enfin, quelques laïcs ont rejoint les coursà l'occasion : un étudiant japonais a fait les quatre années mais les praticiens laïcs comme lui ne peuvent pas obtenir le certificat ; ils peuvent obtenir les instructions mais pas le certificat.

Comment l’emploi du temps est-il organisé ?
Les étudiants commencent par une session de méditation, à quatre heures du matin en été et à quatre heures trente en hiver. Ils méditent pendant une heure et demie puis c’est l’heure du petit déjeuner. Ensuite, à nouveau une session de méditation, de sept heures à huit heures et demie, puis de neuf heures à dix heures une session d’enseignement. Le matin on pratique le sangchöd (offrande de fumée) et le chutor (offrande d’eau), deux des quatre rituels de générosité que les étudiants accomplissent chaque jour. Puis de dix heures à midi, ils font leurs devoirs. (Il éclate de rire)




En quoi consistent ces devoirs ?
 De la lecture pour l’essentiel, je pense. Les étudiants sont dans leur chambre, ils peuvent aussi s’occuper à de la grammaire ou de la poésie. Parfois, ils revoient les cours qu’ils viennent de suivre. La façon dont ils occupent leur temps dépend d’eux-mêmes.
 
 
Quel est l’emploi du temps de l’après-midi ?
 
Après le déjeuner, à quinze heures, tous les moines se rassemblent dans le temple principal pour accomplir les rituels pour lesquels il y eu des requêtes. Il peut s’agir de toutes sortes de rituels. Ensuite, de quinze heures trente à dix-sept heures, les étudiants pratiquent ensemble les préliminaires. Cette session est suivie d'une courte pause de quinze minutes, puis d’une session de méditation qui dure jusqu’à dix-huit heures trente.  Après la méditation mais avant le dîner, c’est le moment du Sourchöd. Ensuite, dîner. De dix-neuf heures à vingt heures trente a lieu la dernière session de méditation suivie de l'offrande de Chöd. Tel est l’emploi du temps quotidien.

C’est dense !
 Oui, très dense, et cela se répète comme ça pendant quatre ans (il rit).
 
Enseignez-vous tous les jours ?
 Oui, sauf le samedi qui est jour de repos. Ces jours de repos, on en compte habituellement un par semaine et généralement il tombe le samedi, mais cela peut être un peu irrégulier parfois, selon les rituels qu’il faut exécuter par exemple. L'emploi du temps peut légèrement varier selon les circonstances.


En quoi consiste votre enseignement ?
Chaque année, le cycle change, même s’il s’agit toujours d’enseignement du dzogchen. La première année, on commence par le cycle dzogchen de l’Atri, le Gabpa Gukor. La seconde, c’est le Yangste Longchen. La troisième, le Zhang Zhung Zhung Nyengyud. Puis, la quatrième année, le Yetri Thasel - Namkha Trüldzö. On ne compte qu'un seul groupe d'élèves qui progressent en même temps. Cependant il arrive qu’un nouvel élève se joigne au groupe pour un cycle spécifique. Pendant la troisième année, le programme comporte une retraite dans le noir de quarante-neuf jours. Et en quatrième année, pendant l'hiver, les étudiants sont censés pratiquer les Tsa Lung pendant cent jours.

 
Les étudiants viennent-ils vous poser des questions ? Les suivez-vous de façon individuelle ?
Il n’y a pas de moment spécialement dédié aux questions, qui sont en général posées pendant l’enseignement.
 
Que font les moines une fois qu’ils ont obtenu leur diplôme ?
 
Certains retournent au Tibet, d'autres restent au monastère. D’autres encore vont en Inde ou ailleurs.


Avez-vous beaucoup de responsabilités, avez-vous de temps pour méditer ?
 Je consacre de nombreuses heures à l’enseignement chaque jour, les gens viennent aussi me voir pour demander des divinations, des rituels.
Tous les jours, je médite le matin. Parfois pendant deux heures, parfois pendant une heure et demie. Le soir, je médite parfois pendant une heure et demie, parfois pendant une heure, parfois pas du tout. Je n'ai pas beaucoup de temps libre.


Au monastère, n'enseignez-vous qu'aux Tibétains, ou aussi à des étudiants occidentaux ?
 En ce moment, seulement à des Tibétains.
 
Et donc vous venez en Occident pour enseigner aux autres.

Ce n’est pas toujours pour enseigner, cela peut être pour des vacances, pour visiter. Mais l’hiver, comme en ce moment, ce n’est pas si beau. (Il éclate de rire. Dehors, Shenten est noyé dans le brouillard).
 
Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de voyager ?
 Eh bien, voir des endroits intéressants, parler aux gens, des choses comme ça.
 
Qu’appréciez-vous à Shenten?

C’est un endroit désert, parfait pour la méditation ! (Il rit)
Tous les jours, nous sortons un peu, avec Guéshé Kalsang ou Guéshé Lungrig. Faire des courses, ce genre de choses. Ici, j'ai beaucoup de temps libre (il rit). Parfois nous sortons, parfois je regarde la télévision. Parfois, je lis quelque chose, je médite aussi. Avoir du temps libre, manger, boire...


Est-ce qu’il y a des choses qui vous étonnent ici, en Europe ? Pouvez-vous voir des changements entre vos différents séjours ?
 
Non, non. C’est bien. C’est ma troisième visite cette année, j’étais déjà venu en 2012 et 2014. Rien n’a vraiment changé, tout semble pareil.
 
Comment s'est passé votre enseignement à Paris ? Où avez-vous sinon enseigné en Europe ?

 C'était bien mais nous étions un peu à l’étroit, l'endroit était un peu petit, je pense. J'ai aussi enseigné en Slovaquie, à Bratislava, pendant sept jours.  Certains jours il y a eu beaucoup d’affluence,  d'autres jours un peu moins, en général 25 à 30 personnes par jour. Certains personnes venaient de Hollande, certaines d'Allemagne, d’autres de République Tchèque, d’autres encore peut-être de Vienne. Avant cela, j'étais déjà allé trois fois en Slovaquie.


Quand vous rentrerez au Népal, vous reprendrez l’emploi du temps habituel ?
Ce sera à l’époque du Losar et il n’y aura pas d’enseignement, à ce moment-là. 

Merci beaucoup ! A bientôt, pour l’enseignement – ou pour le plaisir de visiter !
 

(Cendrine Lecaplain, Sabine Gram, Jitka Polanska)
L’école internationale himalayenne de Tise, à Siliguri (Inde), a ouvert ses portes !
Ce printemps, un premier groupe d'enfant, âgés de 6 à 12 ans, est arrivé de la région népalaise du Dolpo au pensionnat de Siliguri. 

Ils y passeront entre huit et douze années. Pour l'instant, il est prévu d'accueillir et d'instruire environ 80 enfants puis, au cours des années à venir, l'école sera agrandie afin que jusqu’à 400 enfants puissent y vivre et y étudier..

Nous avons atteint un jalon important, les premiers enfants sont ici en sécurité et prêts à commencer leurs études, mais ce n'est qu’une première étape. D'autres travaux de construction sont prévus pour l'école.


Les pratiques pédagogiques et didactiques de l'école internationale himalayenne de Tise (THIS) sont très progressistes, tout comme les méthodes.

Le directeur pédagogique, Lama Norbu, a dirigé avec succès un internat à Lubra, dans le Mustang, pendant 14 ans. L’école a officiellement été reconnue par le gouvernement pour l'enseignement primaire et secondaire jusqu’à l’équivalent de la seconde et il est possible d'obtenir un certificat de fin d'études secondaires intermédiaires. 

 

Le programme de l'école est basé sur les normes du Conseil national de recherches et de formation éducatives du Bengale occidental. En plus du programme officiel, l'art, la culture, l'histoire et les traditions de la région himalayenne sont inclus et contribuent ainsi à la formation de l'identité socioculturelle des enfants issus des familles Bonpo de la région himalayenne. En outre, les questions environnementales, la mondialisation, les économies modernes et la politique font partie du programme d'études. Le conseiller pédagogique, M. Tsewang Mingyur, est l'ancien directeur du village d'enfants tibétains de Dharamsala.

Tout don, quel qu'en soit le montant, est le bienvenu.  Pour assurer la subsistance d'un enfant, il faut 31 euros par mois. Il est possible de parrainer une fille ou un garçon. La Fondation Yungdrung Bön envoie l’intégralité de tous les dons qu’elle reçoit. Tous ceux qui travaillent pour elle en Allemagne le font de façon bénévole. Pour plus d’information : www.yungdrungbon-stiftung.de







Quelques faits pour mieux vous faire connaître la Yungdrung Bön Stiftung
Christine Trachte, Wolfgang Reuter et Markus Schollmayer nous présentent, d’une part, l'historique ainsi que les activités actuelles de l'une des plus importantes fondations soutenant le monastère de Triten Norbutse,  d’autre part, les principaux enseignements organisés en Allemagne.





Historique
La Yungdrung Bön Stiftung a été fondée en 2000 par Wangden Herbert Kreuzer. Ayant lui-même fait l'expérience des conditions de vie à Triten Norbutse en qualité de moine, il souhaitait aider le monastère à les améliorer.  Avec Susanne Kreuzer et Waltraut Benzing, il a constitué le premier conseil d'administration, dont Khenpo Tenpa Yungdrung Rinpoche est devenu directeur général, tandis que Yongdzin Lopön Tenzin Namdak Rinpoché  prenait la tête de la fondation. En 2005, Waltraud Benzing a quitté le conseil d'administration et a été remplacée par Waltraut Ott. Celle-ci a repris la gestion et a soumis des demandes de financement au ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement, ce qui permet à la fondation de recevoir des fonds du gouvernement allemand. En 2008, Wangden Kreuzer et Susanne Kreuzer ont eux aussi quitté le conseil d'administration, tandis que Christine Trachte intégrait le conseil d'administration.  En 2011, Waltraut Ott ayant également décidé de quitter le conseil d'administration, Norbert Halder a repris le poste de trésorier et Christine Trachte la direction.

 
Champ d’action

Rien qu'au cours des trois dernières années, la Yungdrung Bön Stiftung a pu soutenir le monastère à hauteur d‘environ 300 000 €.  La fondation collecte des dons pour la nourriture et les soins médicaux des moines qui étudient à Triten Norbuste, au Népal, mais elle soutient également un centre culturel au Ladakh et un projet médical et scolaire dans l'est du Tibet. Elle a pu contribuer de manière significative à surmonter les dommages causés par le tremblement de terre de 2015, en facilitant la construction d'une route vers le monastère ainsi que celle d'un mur de soutènement sous le monastère, pour protéger les bâtiments résidentiels situés au pied de celui-ci. Il est prévu de construire un puits pour le monastère de Triten Norbutse ainsi que pour l'école de médecine traditionnelle tibétaine, qui est affiliée au monastère. A Shenten Dargye Ling, en France, les dons reçus par la fondation ont permis d’installer une chaise électrique pour Yongdzin Lopön Tenzin Namdak Rinpoché ainsi qu‘une nouvelle salle de bain pour Khenpo Tenpa Yungdrung Rinpoché, dans leurs résidences respectives.

Projet fondamental - Ecole élémentaire en Inde, à Siliguri.
En 2009, Waltraut Ott et Christine Trachte se sont risquées à reprendre une vision de Yongdzin Lopön Tenzin Namdak Rinpoche en soutenant la construction, puis le fonctionnement, d'un pensionnat pour les enfants des familles de tradition Bön à Siliguri, en Inde. Comme l'école devait être fondée pour un groupe culturel spécifique - les familles Bön - elle n'a pas reçu de financement public de la part du gouvernement. Les dons sont arrivés très lentement mais la Yungdrung Bön Stiftung a pu financer la construction de l'école à hauteur d’environ 200 000 €, dont 95 000 € ont été donnés une première fois par la Hahn Air Foundation, une seconde fois par Eric Beuerle, 20 000 € restant à annoncer dans les deux prochaines années. Après quelques problèmes qu’il a fallu résoudre avec les autorités indiennes, l'école a été ouverte en mars 2018.

 
Enseignements organisés en Allemagne
Plusieurs retraites sont organisées chaque année en Allemagne sous le patronage de la Yungdrung Bön Stiftung. Chaque année, Simone Beuerle organise une retraite avec Geshe Gelek Jinpa ;  le Dr Wolfgang Reutter et quelques autres organisent l’enseignement de Khenpo Tenpa Yungdrung Rinpoche en Allemagne et une retraite guidée par lui.  Trois fois par an, Christine Trachte organise l’entraînement pratique au Dzogchen avec Khenpo Tenpa Yungdrung Rinpoché. Depuis octobre 2017, il existe un deuxième groupe dans cette formation, sous la direction de Guéshé Samten Tsukphud. Dorothea Mihm a repris l'organisation de ce deuxième groupe. Agnes Packebusch-Scheer et Stephanie Seyboth ont lancé un groupe de prières qui pratique pour les personnes malades ou celles qui se trouvent dans des circonstances difficiles.
 
Le site web de la fondation, où trouver des informations sur les moyens d'aider :
www.yungdrungbon-stiftung.de

Treize années de conservation et d’amélioration du patrimoine de Shenten… 
Depuis de nombreuses années, Pierre Avérous et Raymond Granger ont la responsabilité des travaux d’entretien et d’amélioration de l’ensemble des bâtiments de Shenten. Pierre nous propose ici un rapport de leurs activités, au nom de toute l’équipe.


Notre Congrégation est devenue propriétaire du château et des terres de La Modetais le 15 mars 2005, grâce à un don généreux. Dès la première année, à la demande de Khenpo Tenpa, Philippe Renucci a coordonné les premiers travaux, effectués en partie par des professionnels (aménagement de l’appartement de Rinpoché) et par une petite équipe de bénévoles qui a commencé par faire un grand ménage et quelques peintures avant d’aménager l’ancien gymnase en Gompa et le pavillon du gardien en maison pour Khenpo. 





D’autres aménagements et rénovations ont suivi : création dans le Château d’un petit temple à l’étage, d’une salle de bain supplémentaire pour les lamas, d’une demi-douzaine de chambres nouvelles en  réorganisant les espaces et d’une cuisine collective ; un appartement pour les lamas dans le Pavillon et un salon de réception pour Rinpoché dans la Longère ont ensuite vu le jour…  A la demande de Rinpoché et d’après les dessins qu’il a lui-même réalisés, Isabelle s’est occupée de la mise en place du fronton décoré de la cour pour marquer l’emplacement de la bibliothèque. 
 
En 2007, Jean Loviconi (Nito), responsable de la gestion financière, connaissant ma formation scientifique, m’a demandé de réfléchir à des panneaux solaires... Découvrant alors la propriété, je me suis très vite rendu compte que, bien plus urgent que ce problème prématuré, nous ne possédions quasiment aucun plan technique de notre propriété, hors les plans d’évacuation incendie obsolètes et de rares traces de travaux ! 
 
J’ai donc décidé de me consacrer discrètement à cette tâche de fourmi : mesurer et dessiner tous les bâtiments pièce par pièce, du Château au pigeonnier, comprendre le circuit de chauffage (60 radiateurs sur chaudière au fioul qui faisaient fuir les plombiers !), retrouver les circuits d’adduction d’eau et d’évacuations en tous genres (100 « robinets » d’eau chaude ou froide et autant de regards dans le sol pour les eaux de pluie et les eaux usées, etc.). Une recherche qui a durée plusieurs années… Pendant ce temps, René François s’est penché sur les circuits téléphoniques ; plus tard, Luc Miossec se spécialisera, lui, sur le réseau internet avec Christophe Moulin. 
 
A cette époque, Raymond Granger, ancien responsable des chantiers à France-Télécom, intervient avec l’accord de Khenpo dans le suivi des entreprises pour les gros travaux initiés par Philippe : agrandissement de la Gompa et construction du Chalet de Méditation isolé pour accueillir les retraites personnelles.  
 
C’est à ce moment-là que nous nous sommes rencontrés, Raymond et moi et, très vite, notre tandem s’est mis en place : Pierre, surtout responsable des plans et de la visions d’ensemble du domaine, et Raymond, grâce à ses connaissances professionnelles, surtout responsable de l’élaboration des projets, des appels d’offre, du choix et du suivi des entreprises - aidés sur place par Isabelle et, plus récemment, par François-Xavier Supiot et Anthony Blain, sans oublier les équipes « tournantes » de bénévoles (peinture, jardin…).  

Et en 2014, voulant tirer profit de cette nouvelle dynamique, Kenpo Tenpa m’a demandé d’être son conseiller « bâtiments » pour la Congrégation.  Ainsi est née l’équipe actuelle Travaux & Bâtiments / Conservation & amélioration du patrimoine de Shenten… 
 
Sous le contrôle de Khenpo Tenpa, et plus récemment de Khenpo Gelek, nous avons progressivement réparé les toitures et les chenaux, maintenus les réseaux et canalisations, amélioré et réaménagé les espaces, changé la chaudière… ; nous avons repeint et changé le sol de la Gompa, mis aux normes françaises la sécurité incendie des parties communes en rapport avec les autorités, restauré les pierres des fenêtres de l’appartement de Rinpoche...  Franços-Xavier et Anthony ont aussi aménagé deux nouvelles pièces pour l’accueil des moines et l’administration dans le Pavillon, réorganisé et repeint l’arrière-cuisine et l’espace vaisselle ; et grâce aux « enchères » de l’été dernier, nous continuons cet effort d’amélioration dans la réserve et l’arrière-cuisine.  
 
Ce travail d’équipe a toujours été activement soutenu, depuis le début, par la présence quotidienne d’Isabelle sur place, par des actions de Karma Yoga ainsi que par des dons personnels - pour améliorer par exemple la Gompa, le confort de Rinpoche ou la maison de Khenpo.
 
A tous ces travaux s’ajoute l’édification rituelle du stupa, confié par Rinpoche à Dordje, qui a suivi rigoureusement ses directives et fédéré efficacement autour de lui une équipe de Karma Yoga pour le construire.  
 
Enfin, en 2015, Khenpo Tenpa nous a demandé de lancer l’étude d’un vaste projet d’Institut international d’étude Bön comprenant salles de travail, bibliothèques et grand temple. Pour le moment, ce projet complexe et lourd est ajourné. Mais nous avons profité de l’occasion pour faire réaliser un relevé topographique complet du domaine en prévision de constructions futures.
 
Ainsi le centre s’est-il constamment embelli depuis treize ans, pour toujours mieux nous recevoir, en utilisant un budget dépendant entièrement  des donations et de la participation aux retraites, pour environ 30 000 à 50 000 euros par an selon les moyens du moment.
 
Il reste de nombreux projets à mettre en oeuvre : amélioration de la restauration et des sanitaires, assainissement des murs et sol du Château, nouvelles chambres dans la Longère et  l’aile des moines, amélioration du confort du Pavillon - véritable « maison » des moines et des bénévoles tout au long de l’année, etc.  
 
Si nous n’avions qu’un seul souhait (l’âge venant, il faut savoir passer le flambeau…), ce serait que progressivement se mette en place une équipe plus jeune, plus forte, plus présente sur les lieux où nos Maîtres ont choisi de venir « préserver » leurs si précieux et si rares enseignements.  Pour le bien de tous les êtres, dans notre monde en mutation et au-delà... 
 
Avis aux bonnes volontés et à toutes les compétences… en attendant un échange plus direct lors des prochaines retraites. 

Merci de votre lecture et à bientôt ! 

Pierre Avérous

Au nom de l’équipe « Travaux & Bâtiments / Conservation & amélioration du patrimoine »
 En quête du Bön en Mongolie
quelques mots de Jean-Jacques sur son voyage là-bas


Depuis longtemps déjà la Mongolie m’attire de manière profonde et j’attendais une occasion particulière pour pouvoir me retrouver un jour au cœur de ses espaces. En 2016 enfin j’ai pu réaliser ce voyage, prévu pour 2 mois durant l’été. Avant mon départ j’en ai parlé à Pönlop Rimpoché alors qu'il séjournait à Shenten, et il a eu l’amabilité de me transmettre les coordonnées de Zopa Rimpoché un lama Bönpo qui vit sur place et j'ai pu le contacter avant mon départ.
 

 
Pendant un mois j’ai pu aller ainsi à la découverte de la Mongolie et de ses vastes confins, remontant vers le nord dans des paysages magnifiques entrecoupés de lacs et de forêts… Puis ma route a traversé la frontière russe, pour continuer en Bouriatie jusqu’aux rives du lac Baïkal.  Au retour, juste avant mon départ, j’ai pu rencontrer Zopa Rimpoché en déplacement les semaines précédentes. Il m’a emmené découvrir son temple à une heure de route de Oulan-Bator. Au fur et à mesure que nous avancions, l’agitation de la grande ville s’est lentement dissipée, laissant place à des paysages de plus en plus dégagés et ici comme ramenés à l’essentiel; l’immensité des prés, la grandeur du ciel, le souffle du vent…
 
Le temple est apparu alors en retrait d’une petite ville, entouré de collines et dans le calme complet. Nous sommes rentrés dans l’enceinte protégeant une vaste étendue, seules 2 yourtes étaient là et au fond le temple à ce moment encore en travaux, en attente de sa décoration intérieure. Zopa Rimpoché avançait en notre compagnie pour nous montrer les lieux, tout en désignant des champs encore vides il décrivait simplement; ici sera construite la résidence pour les moines, plus loin encore d’autres bâtiments, à cet endroit s’élèvera le stupa…

 C’était très émouvant de sentir tout cet espace en devenir, en train de se transformer sous nos yeux depuis l’horizon libre des collines, bientôt habité par une nouvelle communauté, chargée de transmettre la présence du Bön sur cette terre ancienne de Mongolie.
 
Que Zopa Rimpoché soit ici grandement remercié pour le temps qu’il m’a consacré, et pour tout le dévouement et les efforts qu’il déploie afin de guider et aider les êtres à trouver, au long du chemin de leur existence, de plus en plus de sagesse et de sérénité.
 

"Déjà, enfant, le bouddhisme m'intéressait"
Entretien avec Zopa Rinpoché, un lama bönpo de Mongolie 


Rinpoche, où êtes-vous né ?
Je suis né en Mongolie. Les Mongols vivent dans de nombreux endroits comme en Chine, au Tibet ou encore en Bouriatie, en Russie. Lorsque j'ai étudié en Inde avec des Tibétains, j'ai remarqué qu'ils pouvaient comprendre les Mongols venant du Tibet et de Chine. Je suis né dans le pays de Mongolie, situé entre la Russie et la Chine.


Comment avez-vous rencontré la religion Bön ?
 Déjà enfant, je m'intéressais au bouddhisme et à son enseignement. Le bouddhisme est très répandu en Mongolie, de nombreux Mongols, y compris ma famille, sont bouddhistes. J'avais l'habitude de jouer en créant des images, des peintures et des statues religieuses. Cela rendait mon père heureux, il m'a dit de continuer dans cette voie et de devenir un lama. A partir de 12-13 ans, j'ai étudié dans une école bouddhiste, mais elle a été fermée après un certain temps par les autorités parce que de nombreux enfants qui la fréquentaient n'allaient pas à l'école ordinaire et que le gouvernement voulait changer cette situation.

 

Mon idée a alors été de terminer le cycle d’enseignement secondaire et d'aller au monastère de Gandan Tegchilen qui est le plus grand centre bouddhiste de Mongolie. Mes parents m'ont soutenu dans ce projet. Une fois le cycle secondaire terminé, un parent de mon frère m'a suggéré de visiter l'Inde et d'étudier la religion Bön.
 

J'ai commencé à chercher des informations sur le Bön à ce moment-là et cela a été comme rencontrer un vieil ami, tant cela semblait proche de notre tradition spirituelle mongole. Cela a donc piqué mon intérêt et j'ai décidé de partir étudier le Bön avec des lamas Bön. Ma famille s’est réjouie de cette décision. Mon père est mort entre-temps, mais son souhait prenait corps.
 
Je suis arrivé au monastère de Menri en Inde en 2001, portant dans mon coeur mon propre souhait ainsi que celui de mon père. C'est ainsi que j'ai commencé à étudier le Yungdrung Bön. Je pense que c'était le fruit d'une heureuse bénédiction issue de ma vie antérieure et de celle de ma famille.

 
Combien de temps avez-vous étudié au monastère de Menri ?

Je suis resté à Menri pendant 15 ans. J'ai mené à bien les études de philosophie ainsi que d'autres disciplines et je suis devenu geshe en 2016. Cette année-là, je suis retourné en Mongolie.


Y a-t-il d'autres communautés Bön en Mongolie de nos jours ?
La religion Bön était probablement présente en Mongolie dans les temps anciens. Pour l'instant, je ne connais aucun autre Bönpo que ceux de notre petite communauté. Nous avons le projet de construire une gompa ici, le premier monastère Bön de ce pays à l’époque moderne. Nous voulons qu'il s’agisse d'un centre d'éducation monastique dans toutes les disciplines principales : philosophie, langue, médecine, astrologie et art. J'espère également que nous pourrons construire un hôpital lié au monastère, où seront appliqués les principes de la médecine traditionnelle. Le financement proviendra aussi bien de donateurs que de notre travail et de nos services, basés sur notre effort.


Où en est le projet maintenant ? Qu'est-ce qui a déjà été fait et que reste-t-il à faire ?
L'hiver est très rude en Mongolie et nous ne pouvons donc travailler sur la construction qu'en été et à l’automne. En juin de cette année, nous allons construire un bâtiment comprenant une cuisine, une cafétéria et une maison d'hôtes pour les visiteurs. Ce bâtiment permettra aux gens de se rassembler et de discuter de leurs idées et il est donc très important, en tant que pont pour nous relier nous et nos esprits.
 
Je tiens également à exprimer ici ma gratitude à toutes les personnes qui soutiennent nos activités grâce à un effort commun. Ensemble, nous travaillons au service des gens qui vivent dans ce pays, animés par le vaste souhait de leur donner un sentiment de bonheur et un avenir radieux.
 
Si vous voulez nous aider, vous êtes les bienvenus. Merci beaucoup d'avoir lu ceci.

 
 
En video : Yongdzin Tenzin Namdak Rinpoché parle des descendants vivants du bouddha Tonpa Shenrab Buddha Tonpa Shenrab
Speech of Delight, bulletin d'information de Shenten Dargye Ling, Mai 2018
Comité éditorial :  Khenpo Gelek Jinpa, Markus Schollmayer 
sous la bienveillante supervision de Khenpo Tenpa Yungdrung Rinpoche
Equipe de rédaction :  Jitka Polanska, Cendrine Lecaplain /  Relecteurs : Tony Nassif,  Samten Dorje, Irene Kalodera
Crédits photographiques :  Christophe Moulin, Izabela Kulezsa, Markus Schollmayer , Sherik Puntsok Ling, Simon Duncan
 


Shenten Dargye Ling
Château de la Modetais, 49160 BLOU, France

contact@shenten.org 
 



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