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Newsletter juillet - août 2015

L'anniversaire d'AWSA-Be, entre les missions à l'étranger, les interviews et les lectures de l'été!
 
AWSA-Be a soufflé ses 9 bougiesça y est !
Entourée de nos membres et sympathisants, l'heure est à la fête et au partage! Partage d'émotions, d'espoir et 
d’inquiétudes par rapport à cette triste actualité, partage de savoirs et d'idées pour l'avenir. Envie de projets, de solidarité et encore plus de liens avec nos membres...
L'occasion donc aussi de dresser avec nos membres un bilan - très positif - de ces dernières années et de clôturer ce premier semestre en toute convivialité... 

Après avoir voyagé tout le mois de juin, entre l'Assemblée Générale du European Network of Migrant Women à Stockholm, le colloque et la représentation de la pièce de théâtre au Liban, et l'intervention au Palais des Nations à Genève, AWSA-Be pose sa valise avec plaisir pour consacrer cet été à la recherche et à la rédaction de ses prochains outils pédagogiques...

Avant de découvrir nos nouveautés, nous vous rappelons, entre-temps, que nos autres outils peuvent être commandés et/ou sont disponibles gratuitement sur notre site Internet: www.awsa.be/fr/page/outils-pedagogiques. Vous y trouverez, entre autres, nos dernières publications: "Droits des femmes et minorités dans les pays du monde arabe et en Belgique", " Quand Fatima se fait appeler Sophie, le théâtre en action et en réflexion" ou encore "Saddie Choua, une artiste engagée pour les femmes". 
Pour les amoureux de la littérature, vous pouvez aussi télécharger nos outils pour découvrir Nawal El Saadawi, Joumana Haddad, Maïssay Bey et Fatima Mernissi.
Rappelons d'ailleurs que nos ateliers de lecture et notre cercle littéraire reprendront dès septembre! Tout comme nos cours d'arabe pour adultes et enfants et notre chorale.

Vous trouverez plus de détails par rapport à tout ça dans nos articles ci-dessous.
Mais le mot clé de cette newsletter de l'été est surtout "témoignages". AWSA-Be a sorti son dictaphone et a interviewé Joumana Haddad, écrivaine libanaise, Kito Sino un artiste syrien ainsi que les membres fondatrices d'AWSA-Be pour marquer l'anniversaire et l'évolution de notre association. 

Enfin, nous vous proposons aussi quelques lectures à emporter cet été avec vous: trois auteurs du monde arabe qui par leur regard ou celui de leurs héroïnes, nous rapproche des femmes du monde arabe et de leur condition de vie.
Bonne lecture et bel été Ã  tous et toutes!

Rendez-vous en septembre et au plaisir de vous (re)voir à nos activités !


L'équipe d'AWSA-Be

Infos et devenir membre d'AWSA-Be : awsabe@gmail.com ou www.awsa.be mais aussi www.facebook.com/awsabe
Pour vous inscrire à l'AWSA Club : awsaclub@gmail.com
Numéro de compte pour nous soutenir : asbl AWSA-Be CODE IBAN: BE57 3630 0025 1735 (CODE BIC: BBRUBEBB). Communication : Don + nom + montant
 
AWSA-Be raconte sa mission au Liban... 
 
La conférence internationale, proposée par 'Women in War', s’est tenue, du  8 au 11 juin 2015 à Beyrouth. Rassemblant universitaires et activistes, la conférence s’est donné pour thème: "Où sont les femmes dans un Moyen-Orient en plein bouleversement ? Universitaires et activistes débattent de la dimension de genre dans les conflits actuels". Dans ce cadre, AWSA-Be était présente aussi pour jouer sa pièce "Quand Fatima se fait appeler Sophie"...

La conférence a donné lieu à de riches débats et propositions aussi informatives qu’innovantes.
Les intervenantes se sont manifestées tout autant comme chercheuses tentant d’élucider et d’appréhender  les multiples aspects de la dimension de genre dans le contexte actuel des bouleversements politiques au Machrek et au Maghreb, que comme militantes du féminisme transnational, humaniste et humanitaire. 
  

Après la présentation des représentantes de l'Institut d'études des femmes dans le monde arabe, Nawal Saadawi  rappelle dans son discours d’ouverture, les enjeux de la conférence : "Les femmes, la guerre et la révolution". Elle y fait référence à "de nombreuses formes de guerre," - y compris la guerre économique, les migrations tragiques des peuples, les épidémies, la traite des femmes et la «nouvelle forme de colonialisme" qui ont négativement affectées le Printemps arabe – en bref toutes les preuves et épreuves d’ "un monde inhumain envers les femmes". Nawal Saadawi a attiré l'attention sur le "rôle très destructeur" joué dans la région par les puissances occidentales qui selon elle, sont responsables à la fois d’al-Qaïda et d’EI. Son allocution a abordé des thèmes qui allaient de la circoncision (masculine et féminine confondues), la religion et la peur, la nature criminelle de la guerre, l'américanisation et l'islamisation de l'Egypte, l’"avortement de la révolution égyptienne" Ã  la nécessité de créer un réseau de "solidarité glocale" c’est-à-dire globale et locale.

On pourrait conclure que le corpus de cette conférence, a été nourri par deux séries de questions. L'une porterait sur une réflexion sur le chaos dans la région et les effets des conflits armés, les invasions et le djihadisme, y compris sur la stabilité de la région, bien encapsulé par Nawal Saadawi à l'ouverture de la conférence. Les différents axes selon lesquels ces thématiques ont été problématisées montrent que de nombreuses présentations ont été centrées sur une variante de cette question. L'autre question  est celle de l’humanitarisme féministe, vu dans le travail de femmes à la fois académiciennes féministes et activistes de terrain, telles qu’Evelyne Accad et sa sÅ“ur Jacqueline Hajjar, qui ont fondé Beit El Hanan (la maison de la douceur) centre pour les femmes violentées; ou de Margaret Owen, qui a fondé l’association des veuves pour la Paix (Royaume-Uni), qui a travaillé sur et en Bosnie et qui travaille actuellement à Rojava en Kurdistan syrien.
Leur travail humanitaire féministe est guidé par les principes de solidarité, d'égalité, de droits, et de justice sociale et de genre.

Bien qu’il semble que l’origine de la conférence soit due à un acte militant et que la décision de l’organiser ait été pensée dans une perspective d’humanisme et de militantisme féministe de faire rencontrer réflexion et action, il est à regretter que certaines communications ont été le plus souvent traversées par le vocabulaire dominant du féminisme de classe de certaines intervenantes– "nos valeurs démocratiques", "il faut aider les femmes à s’émanciper", etc. – sans un recul critique suffisant sur les mots, les concepts, les notions. A noter aussi un manque de cohérence et d’éthique dans les actions de certaines organisatrices ce qui confère à cette conférence, autrement stimulante et enrichissante, un manque de remise en question, dans la théorie comme dans la pratique, sur le potentiel vital d’un féminisme militant, objectivement et globalement conscient, sans classes ni frontières, humaniste et humanitaire, catalyseur de vrai changement social et d’empowerment des femmes. AWSA-Be rejoint sur ce point Nawal Saadawi qui a mis en évidence comment la thématique de l’émancipation féminine tente aujourd’hui de s’intégrer dans celle d’une gouvernance à la fois individuelle et collective, et qui en appelle à une solidarité féministe locale et globale, en un mot, glocale !

Aux dernières nouvelles, son appel n’a eu qu’une faible résonance et s’est perdu dans les interstices des nombreuses propositions de recommandations de la conférence qui peuvent se résumer ici en trois volets : promouvoir les droits  des femmes avec des projets spécifiques liés aux principaux thèmes qui ont été discutés lors de la conférence; se mobiliser pour mettre fin et empêcher la continuité des  guerres et les conflits civils; faire la liaison avec les organes compétents des Nations Unies, et de la Commission de l'ONU sur la condition de la femme afin de faire une différence dans la vie des femmes de la communauté mondiale.

La pièce écrite par Ali Bader et produite par AWSA-Be "Quand Fatima se fait appeler Sophie" a été jouée dans le cadre de la conférence, en solidarité avec Beit El Hanane, un centre de refuge pour femmes violentées. Malgré les conditions rudimentaires du lieu et de l’espace qui ne pouvaient permettre d’accueillir qu’une audience restreinte, la pièce a été très bien reçue, voire même si fort appréciée que des personnes de référence ont fait des propositions de tour de festivals en France et au Club Tahar Haddad en Tunisie.

Pour terminer sur une note plutôt gratifiante pour AWSA-Be, les femmes de Beit El Hanane ainsi qu’Evelyne Accad et sa sÅ“ur Jacqueline Hajjar, les fondatrices de cette association, ont exprimé leur plaisir et reconnaissance de cette solidarité féminine. Il est à noter que les fonds récoltés par cette performance unique, ont permis de suppléer un mois de prise en charge pour chacune des femmes de Beit El Hanane, lors de la fermeture temporaire du refuge suite justement au manque de fonds. Voilà une mission accomplie, espérons qu'elle nous donnera l'occasion d'autres missions pour les femmes du monde arabe tout aussi passionnantes et enrichissantes ! 

Avec le soutien de la COCOF.

En tête à tête avec Joumana Haddad au Liban...

Notre bénévole Zohra Belghiti a eu l’honneur d’interviewer Joumana Haddad, une grande femme Libanaise, en juin lors de la mission d’AWSA-Be au Liban. Joumana Haddad nous accueille dans son bureau en plein cœur de la ville de Beyrouth. Cette femme très sociable et ouverte, nous fait découvrir son univers de femme passionnée de littérature…
Après avoir présenté notre association AWSA-Be, Joumana Haddad débute la discussion en nous parlant de son désir/besoin d’écriture qui est apparu dans sa vie à un jeune âge, vers l’âge de 12-13 ans. Dans son enfance, elle s’adonnait beaucoup à la lecture, lui permettant de s’échapper d’un contexte de guerre, de violences, de destruction et d’étreinte dans lequel elle vivait. Pour elle, la lecture était une question de « survie Â» jusqu’à ce qu’elle ressente un besoin d’expression qui lui est apparu comme quelque chose d’inné  
Elle a commencé par écrire des petites nouvelles et de la poésie pour laquelle elle a beaucoup d’affection. Elle se dit « amoureuse de la poésie Â».
Ses premiers écrits étaient essentiellement en langue française, fuyant l’arabe, elle « 
avait peur de dire ce qu’elle dit en langue arabe Â».

Ce n’est qu’à partir de l’année 1998, en tant que journaliste, qu’elle commence à écrire en arabe.
Une année importante car elle se sent « 
réconciliée avec cette langue Â».
Joumana Haddad se définit comme une femme sensible qui a vécu des frustrations dans sa vie. Elle se livre à nous, en nous disant que ce n’est qu’à l’aube qu’elle se sent capable de donner quelque chose d’essentiel, de vrai. Elle se couche très tôt, vers 19h30-20h et se réveille vers 3h du matin. « Car à partir de 11h-12h, je me sens souillée. Me lever tôt c’est pour moi comme si je me désintoxiquais de ce que j’ai vécu pendant la journée.»

Elle a publié son premier livre de prose « J'ai tué Shéhérazade Â» où elle exprime son sentiment de colère. Elle nous explique avoir eu envie d’en finir avec une Shéhérazade qui raconte ses histoires pour sauver sa vie. Il fallait désormais qu’elle raconte ses histoires pour le plaisir de les raconter. En écrivant ce livre, et vu son écriture très personnelle (elle écrit souvent en « je Â») elle s’est demandée si ce livre  Suite au succès de son livre, elle décide de poursuivre l'écriture. Elle apprend que le « moi Â» est un « moi partagé Â» et que de nombreuses personnes finalement peuvent avoir vécu des expériences et des souffrances semblables aux siennes. « C’est beau de partir de ce moi insignifiant et de pouvoir toucher le monde. J’ai trouvé ça vraiment formidable Â», dit-elle. Joumana Haddad ajoute aussi: Â« je ressens réellement le besoin de me partager avec l’Autre, de faire don de moi, de plusieurs parties de moi pour m’enrichir. Parce que quand l’on donne, on reçoit. Chaque livre a été pour moi l’occasion de m’enrichir, de mûrir, d’apprendre. Et c’est cela qui est beau !». Elle passe ensuite à l’écriture d’un 2e livre qui met à l’honneur Superman, ou selon elle, le cliché d’un homme arabe fort qui peut sauver le monde.
Ce qu’il faut, dit-elle, c’est réinventer ces 2 figures fortes qui représentent la féminité et la masculinité.

Elle clôturera prochainement cette trilogie avec un nouvel ouvrage intitulé « Le troisième sexe Â» qui sera publié en septembre 2015 en langue arabe. 

Joumana Haddad est une femme qui s’expose par les mots. Elle est une femme controversée qui se livre pleinement. Elle ose aborder des sujets tabous et mal vus par le monde arabe pour avancer sur les questions du rapport au corps, la sexualité, l'érotisme. « A chacun et chacune de me recevoir comme il/elle veut Â», dit-elle fermement. Elle ajoute « qu’elle ne ressent aucun besoin de se réconcilier ni de se sentir responsable de quoi que ce soit. Se réconcilier voudrait dire que je devrais m’excuser de qui je suis pour plaire aux autres.»

Au sujet de l’érotisme, Joumana Haddad dit manifester beaucoup d’intérêt pour ce sujet. Elle a lu de nombreux ouvrages érotiques tels que le Marquis de Sade et possède même une grande bibliothèque érotique chez elle. Au moment où elle décide de créer une revue, elle se dit qu’il serait intéressant de se pencher sur la question du corps, d’où l’appellation de sa revue « Jasad Â» qui signifie « corps Â», pour avant tout réfléchir ensemble sur ces questions et non pas les résoudre, le tout dans la langue arabe. « Nos corps arabes sont kidnappés par tous ces tabous, par la peur, la dictature. Le corps n’est pas que charnel, il est politique et social aussi Â» dit-elle. Elle avance que l’érotisme est un sujet qui a été très développé dans la tradition arabe, principalement par des hommes et qu’aujourd’hui, le monde arabe a rompu avec ce patrimoine-là. Pour elle, le plus important est de remettre à jour cette continuité, de placer l’érotisme dans ce nouveau contexte contemporain et de faire parler les femmes sur le sujet.

Joumana Haddad a des thèmes de prédilection sur lesquels elle travaille : la religion en faisant référence à la laïcité, au système patriarcal, le post-féminisme, le genre, la liberté (d’expression, de pensée, d’être et d’être accepté/e comme l’on est et de vivre sans ce regard oppressant sur soi). De plus, « l’art et la littérature sont des domaines qui me fascinent Â» affirme-t-elle.

A vous maintenant, lecteurs et lectrices, d’aller, comme AWSA-Be, à la rencontre de cette auteure qui marque et qui ne laisse pas indifférent/e…

Pour en savoir plus sur Joumana Haddad, nous vous invitons à consulter notre nouvel outil littéraire, disponible sur notre site internet www.awsa.be et à venir emprunter ses ouvrages dans notre bibliothèque « Wallada Â». Nous disposons son livre « J’ai tué Schéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère Â» et « Superman est arabe Â». Nous vous proposons aussi un petit quizz à partager avec vos amis, vos proches et/ou vos publics comme jeu ou animation spécifique.

Nous remercions chaleureusement Joumana Haddad de nous avoir reçu et de nous avoir consacré ce moment riche en partage et en confidences !

Petit quizz sur Joumana Haddad:

1. Qui est Joumana Haddad ?
a.Une historienne
b.Une journaliste
c.Une sociologue 

2. Comment s’appelle sa revue qui traite de l’érotisme ?
a. Jasad
b. Kalimat
c. Al Houb 

3. De quelle origine est Joumana Haddad?
a. Syrienne
b. Jordanienn
c. Libanaise 

4. En quelle langue Joumana Haddad refusait d’écrire avant 1998 ?
a. En arabe
b. En français
c. En anglais  

5. Comment s’appelle son premier roman ?
a. J’ai détruit Shéhérazade
b. J’ai tué Shéhérazade
c. J’ai redécouvert Shéhérazade  

6. Elle dit être tombée amoureuse de :
a. La poésie
b. La narration
c. Le théâtre 

Solutions: 1.b/ 2.a/ 3.c/ 4.a/ 5.b/ 6.a

Interviews des membres fondatrices pour l'annif d'AWSA-Be...

AWSA-Be a soufflé ses 9 bougies le vendredi 26 juin pour se rappeler le chemin parcouru et remercier tou-te-s ses membres de permettre son accroissement et la poursuite de ses projets.
Pour faire honneur à l’anniversaire des 9 ans d’AWSA-Be, nous avons décidé d’aller à la rencontre des fondatrices pour apprendre plus d’AWSA-Be et la situer dans son histoire… 

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Dr Bissan Ahmed, médecin spécialisée en oncologie et poétesse. En 2006, elle a été l’une des premières fondatrices bien qu’elle ne figure pas sur les statuts d’AWSA-Be. C’est elle qui a été à la rencontre, avec Noura Amer, du Dr Nawal Saadawi pour leur exposer leur souhait de fonder une association de défense des droits des femmes et de la liberté 

Qu’espérez-vous pour AWSA-Be dans les prochaines années ?
J’espère tout d’abord être moi-même plus active dans l’association. Je suis revenue en Belgique il y a à peine un an. Ce que j’espère c’est qu’AWSA-Be poursuive son combat pour les droits des femmes. En prenant en compte que la question des droits des femmes concerne toutes les femmes, à un niveau mondial ! En Amérique, j’étais choquée de voir certains droits des femmes bafoués. Par exemple, les professeures femmes en Amérique ont plus difficile d’accéder à des postes d’enseignantes dans les universités que les hommes. Il faut aussi continuer à lutter contre le harcèlement sexuel et les discriminations. Il faut Å“uvrer pour protéger la femme arabe chez elle, au travail, et dans la rue. Cela demande beaucoup de temps mais il faut le faire. Ce qui serait bien à l’avenir c’est qu’AWSA-Be puisse aider des femmes à sortir les de situations difficiles en trouvant des avocats bénévoles.

Poursuivons notre rencontre avec Noura Amer, Présidente d’AWSA-Be, coordinatrice de la Maison de la Femme de Molenbeek, psychologue et professeure d’arabe. Elle est actuellement très active dans l’association et est d’un grand soutien à l’équipe d’employées. 

Quel a été le sens de votre engagement chez AWSA-Be ?
Le moteur de mon engagement part d’un vécu privé. En tant que femme, j’ai vécu et je vis toujours des discriminations. Et je suis sensible à ces questions. Je ressens un sentiment d’injustice vis-à-vis des femmes et beaucoup de femmes autour de moi l’ont vécu. Je ne peux admettre que parce que je suis une femme, je sois privée de certains droits et de certaines libertés. Je n’étais pas militante au Liban (là où je suis née), je vivais dans un endroit perdu. Mais je me rendais déjà compte des injustices que je vivais. J’étais révoltée par tout ça mais ce n’était pas institutionnalisé. Il n’y avait pas de mouvements de femmes dans ma région. Dans ma famille, il n’y a pas de personne engagée ni dans l’associatif ni dans la politique. Avec la guerre, la seule préoccupation c’était de survivre. J’ai suivi des études au Liban grâce à ma mère, qui, elle a été forcée de quitter l’école très tôt. Elle n’a jamais accepté ça, elle l’a vécu comme une injustice, et elle nous a toujours poussés à étudier. Elle, aurait bien aimé travailler et être indépendante. Malgré cela, ma mère est  une femme qui a son mot à dire et qui gère le budget à la maison. Mes grands-mères aussi, ce sont des femmes libres et entreprenantes (vie agricole). Elles ont réussi à acheter des terres et à améliorer leur situation. Toutes le deux viennent de familles aisées mais se sont mariées avec des hommes qui venaient de familles moins aisées. Mais ce n’était pas de revendicatrices dans le sens moderne du terme.  J’ai donc des modèles dans ma famille. En arrivant en Belgique, voyant la facilité de l’accès à l’information et la liberté que les femmes avaient, j’avais l’envie de faire quelque chose. J’avais un bon réseau de contacts, qui étaient au départ plus celui de mon mari. Puis à un moment donné, ma voie s’est clairement dessinée : Å“uvrer pour les droits des femmes.

Pourquoi avoir créé AWSA-Be ?
Ici, ça avait un double sens. D’un côté, l’envie de lutter contre les injustices que vivent les femmes et de l’autre côté, étant une femme arabe universitaire, je remarquais que la société belge ignorait ce que sont vraiment les femmes arabes et ce qu’elles font. C’était un peu ma responsabilité vis-à-vis d’une société qui m‘accueille de faire le pont entre ces deux mondes. Et puis tout engagement militant est une thérapie individuelle. Je ne me sens pas heureuse si je n’apportais rien aux autres. En aidant une femme, je me fais du bien. Il faut trouver du plaisir dans ce militantisme, sinon c’est pénible. M’engager chez AWSA-Be donne du sens à ma vie quelque part.  

Enfin, nous avons aussi été rendre visite à Zakia Khattabi, membre fondatrice d’AWSA-Be, co-présidente d’Ecolo et membre scientifique du Comité de l’Université des Femmes. Elle nous rappelle son combat en tant que féministe au cÅ“ur du monde associatif et politique. En effet, Zakia Khattabi était fort engagée dans les mouvements anti-racistes et féministes. Elle a travaillé au Centre pour l’Egalité des Chances, elle était chargée de réfléchir à un dispositif spécifique pour les femmes victimes de discriminations.

Quel est votre lien avec AWSA-Be ?
J’étais intéressée par AWSA-Be car je ne connaissais pas les grandes féministes du monde arabe et l’histoire du féminisme dans le monde arabe. Ce qui m’avait aussi attiré c’est l’envie de ne pas laisser les femmes d’origine arabe à la traine du point de vue de l’information et de l’accès aux droits. Je crois très fort en la sororité, dans la mise en réseau des femmes, dans l’empowerment des femmes, avec une dimension internationale. La démarche qu’a entreprise Noura avec l’idée de fonder AWSA-Be s’inscrivait tout à fait là-dedans.

Pourriez-vous nous parler d’une action qui vous a marquée chez AWSA-Be ?
Je dois dire qu’au départ avec l’action « femmes au café Â», j’étais dubitative. Mais en fait l’initiative a bien pris ! Parce que ça été fait dans la finesse. La stratégie a été bonne car elle s’inscrivait dans l’ouverture, le débat et non pas dans la stigmatisation. Dans le premier article qui avait été écrit à ce sujet, on avait l’impression qu’elles allaient faire la révolution dans ces quartiers ; alors que ce n’était pas du tout le cas. Au début, les hommes étaient réticents mais les femmes ont réussi à nouer le dialogue. Et ce qui est très intéressant, c’est qu’elles n’avaient pas de mal à réajuster leur stratégie en fonction d’une réalité à laquelle elles pouvaient confrontée. C’est une action qui ne se fait pas dans la provocation et dans la confrontation, ça se fait dans le dialogue et dans le respect de l’autre. 

Ces trois femmes et tous-te-s nos membres ont énormément contribué à l’accroissement d’AWSA-Be. Toutes et tous y ont cru et ont donne de leur temps, de leur énergie et de leur bonne humeur pour arriver à ce qu’AWSA-Be est aujourd’hui. AWSA-Be vous remercie gracieusement pour votre engagement !
Joyeux anniversaire AWSA-Be ! Le combat pour défendre les femmes du monde arabe et améliorer leur image continue!


Trois romans à dévorer cet été... 

Trois romans arabes traduits en français à lire cet été !
Recommandés par Ali Badr, écrivain irakien vivant à Bruxelles, auteur de nombreux romans dont Papa Sartre publié en 2014 en français aux éditions Seuil. Ali Badr travaille avec AWSA-Be, il est l'auteur de notre pièce de théâtre Quand Fatima se fait appeler Sophie.
 
Ces trois romans nous décrivent différents pays et situations du Moyen-Orient à travers un regard féminin que ce soit celui de l'auteure ou de leurs héroïnes...
 
 
 "Femmes interdites" d'Ali al-Muqri (Yémen) publié par Liana Lévi
À quoi bon ce corps? se lamente l’héroïne de ce roman, en racontant ses souvenirs. Elle nous dresse le portrait d'une femme élevée dans une famille yéménite traditionnelle qui a grandi sous le joug des préceptes et des interdits. Le père est rigoureux, la mère est soumise.
La narratrice est allée à l’école mais dans un lycée islamique, puis à I’université où elle étudiera surtout la religion. Son frère aîné, jadis communiste, qui boit de l'alcool, blasphème, deviens, après son mariage un tyran fanatique. Il est parti pour faire le jihad en Tchétchénie, au Soudan et en Afghanistan. Sa sÅ“ur cadette, quant à elle, est une parfaite "dévergondée", travaillant dans l'import-export, elle voyage beaucoup, s'offre à son patron, pose nue pour un peintre parisien et visionne en cachette, avec sa sÅ“ur, sur son portable des scènes pornographiques. Son père a toujours fermé les yeux car c'est elle qui les fait vivre.
La narratrice finira par se marier avec l’ami de son frère, Abou Abdallah. Il est aussi pieux qu'impuissant et il l'emmènera mener le jihad en Afghanistan au cours d'une odyssée délirante.
Ce roman est, en fait, le portrait brûlant d’une femme brisée par une société hypocrite.
 
"Si je t’oublie Bagdad" d'Inaam Katchachi (Irak) publié par Liana Lévi (2009)
Zeina, l’héroïne de ce roman, est une interprète irakienne pour l’armée américaine. Son père, journaliste et présentateur de télévision, de confession chrétienne chaldéenne, est arrêté et torturé par la police secrète de Saddam Hussein. La famille se réfugiera au Etats-Unis après ce drame. Zeina est arrivée aux Etats-Unis toute jeune, elle se sent donc aussi américaine qu'irakienne. Après l’invasion de l’Irak, elle a accepté de s'engager dans l'armée à la fois pour le salaire énorme et par reconnaissance pour son pays d'adoption. Mais son retour en Irak, son pays d'origine se révèle amer et décevant. Sa grand-mère la reçoit très mal et lui fait bien sentir qu'elle est devenue une collabo. Les Irakiens se montrent hostiles à cause d'une guerre particulièrement sale. Elle est le témoin d'attentats suicides, d'enlèvements, d'égorgements et d'interrogatoires brutaux et humiliants.
Zeina, la jeune femme immigrée se retrouve tiraillée entre deux pays, son pays natal qui la rejette et son pays d’adoption qu'elle ne comprend plus. Le roman est présenté sous la forme d'un témoignage très réaliste qui nous dépeint un Irak en guerre, la déchirure de l’identité et une histoire du Moyen-Orient sous un regard féministe.

"Un printemps très chaud" de Sahar Khalifa (Palestine) publié  aux Editions du Seuil (2008)
Ce roman décrit la cohabitation impossible entre Juifs et Palestiniens sur une terre séparée par des clôtures métalliques qui vont se transformer petit à petit en murs. La tension, les malédictions, la nouvelle Intifada sont racontées à travers le regard du jeune Ahmad qui est amoureux de Mira, une fille juive qui vit de l’autre côté de la barrière, dans la colonie israélienne de Kiryat Sheiba. Il y a quelque chose de Roméo et Juliette dans ce récit contemporain de guerre des familles et des peuples. Mais ici, sans doute parce que le désespoir existentiel est si profond, la tragédie survient avant même que l’amour ne puisse s’épanouir. « Le Roméo de Sahar Kalifa est un futur terroriste et le destin de sa Juliette est de survivre aux malheurs de son pays où « la beauté a disparu. Désormais il y a des militaires, un char et mon père qui pleure… ». La romancière palestinienne nous entraîne au cÅ“ur des ténèbres d’où on ne revient pas indemne.

Rencontre avec Kito Sino, un artiste syrien de la cinquième dimension

Kito Sino est un artiste exilé, syrien contemporain, en situation d’asile résidant à Bruxelles. Il dépeint  le monde qui l’entoure avec ses contradictions, ses caractéristiques, sans complaisance et avec beaucoup de perspicacité et de vérité. Ses tableaux racontent des histoires, ses histoires peignent des tableaux… Et ce, avec une maîtrise remarquable de plusieurs techniques artistiques, alors que son parcours et sa carrière artistique sont atypiques. 

L'exil l'a amené à l’art, tout comme la littérature à la peinture. A vingt ans, il décide d’arrêter ses études de littérature et de philosophie et quitte la Syrie à la fin des années 80 pour aller à Moscou où il obtiendra une licence en art mural. Ces pérégrinations le font voyager un peu partout. En 2000, il atterrit à Bruxelles et décide de s’y installer et de se consacrer désormais à sa carrière d’artiste 
 
 Il a depuis peu régularisé sa situation de résidence mais il demeure aujourd’hui sans passeport vu le contexte complexe de guerre en Syrie qui l’empêche d’y retourner.

Des billets de train ordinaires en guise de toile, des dessins au stylo d'une luminosité extraordinaire, voilà ce qui rend les tableaux de Kito attirants et attachants. Une idée a germé et est devenue l’expression d’un projet artistique, catalyseur de changement et d’engagement. Explorer de nouvelles techniques graphiques dans un petit format lui a permis de se concentrer sur l’essentiel : son désir de créer et de réaliser son rêve d’artiste en transhumance, qui reflète le miroir de son existence : ses émotions, ses doutes, ses inquiétudes passées et ses espoirs à venir.

Ce sont les souvenirs de ses origines en Syrie et des ombres du passé, de ses voyages un peu partout en Europe, de ses rencontres et de ses épreuves et de ses défis qui constituent la substance de ses billets-tableaux et des histoires qu’il y raconte. L’essence de son art évoque solitude et désespoir, mais aussi harmonie et joie, amour et paix. Il travaille autour de la question du mouvement et du changement, la quête de sens à la vie et à l’existence, le rôle de la mémoire individuelle et collective.

Ainsi Kito revient sur les souvenirs de son enfance en Syrie. Il  raconte l’histoire de son grand-père qui durant le génocide arménien avait hébergé des enfants pour qu’ils ne soient pas tués.  Ce souvenir lui fait dire que toute sa vie fut une succession de souvenirs de guerres qui ont marqué sa vie et son Å“uvre de leurs empreintes indélébiles. Il s'agit d'une histoire ancienne, d'un passé/présent toujours à vif que l'art seul peut à la fois contenir et sublimer. A travers son art, Kito tente d’explorer sans cesse la résistance et la dignité de l'humain face à l'horreur et au désespoir, de  l'humain et l'extrême d’un monde menaçant et troublant où la guerre et la paix coexistent. Tel est le message de son Å“uvre, telle est sa quête de sens et d’appartenance parce que dit-il « si on veut arrêter les guerres, on doit savoir pourquoi les gens se battent…c’est la question que je cherche à comprendre mais je n’ai pas trouvé de réponse, mais je continue à chercher… »

Dans la réflexion qu'il porte sur le sujet de l’exil, Kito essaie d'établir la synthèse des deux cultures auxquelles il appartient. Ainsi, déclare-t-il, « j'ai fait de mon mieux pour garder un pied dans l'endroit où je suis né et l'autre où je vis… La Belgique m’a changé et je voudrais changer la Belgique ! » Ce qui signifie aussi pour lui que ce sentiment de chez-soi partagé entre deux cultures si différentes, constitue une source inépuisable d'inspiration et d’action.

Kito est, de fait, un artiste de la cinquième dimension. Il a fait de l’art une quête de sens de l’existence et d’appartenance, en tant que ra’ib (étranger/etrange) et qu’acteur de changement. Aujourd’hui ces tableaux sont exposés un peu partout en Belgique et en Europe !


 

 
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Événements


Cycle d'animations d'AWSA-Be au Foyer Georges Motte
dans le cadre du projet "mariage et migration"

avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin
dernier atelier le 10/07/2015
24, Boulevard d'Ypres 1000 Bruxelles
Pour plus d'infos: awsabe@gmail.com
 
Nouveau cours d'arabe
niveau intermédiaire

09/09 de 18h30 à 21h -
premier cours à essai gratuit

Tous les mercredis.
Pour plus d'infos: awsabe@gmail.com

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Les 9 ans d'AWSA-Be !








AWSA-Be au Liban: colloque, théâtre
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