Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Cette mère souffre depuis le début de l'allaitement mais pense que c'est normal, comme on le lui a expliqué à la maternité. En fait la prise du sein de son bébé est mauvaise et il pince le mamelon.

Cas clinique 2

Cette mère a essayé de nombreuses crèmes et pommades pour faire passer ses douleurs de mamelon, rien n'a fonctionné. En fait, elle souffre d'une maladie de Raynaud.

Benoit

Bonheur des parents - Jean-Eugène Buland

Etude du cas clinique

Cette mère accouche une semaine avant terme et par césarienne d'un petit garçon, Benoit, de 3,750 kg, son premier bébé.
L'allaitement démarre en salle de réveil et se passe bien mais Benoit dort beaucoup et tète peu. A J2, il pèse 3,350 kg et la mère décide de proposer le sein plus souvent. Le poids remonte bien et Benoit pèse 3,450 kg à la sortie de la maternité à J4.
De retour à la maison, l'allaitement se poursuit sans problème particulier si ce n'est une douleur à la prise du sein mais la mère ne s'inquiète pas car le personnel de la maternité lui a dit que c'était normal d'avoir mal au début (!).
La mère me contacte lorsque son bébé a 24 jours car depuis une semaine elle a une douleur qui démarre en fin de tétée et se poursuit longtemps après la tétée.

Mon intervention
Je me déplace à son domicile, elle m'explique que son bébé prend bien du poids, tète de façon anarchique en journée mais dort 5 à 8 heures d'affilée la nuit. Il pèse 4,400 kg.
J'observe la bouche du bébé qui ne présente aucune particularité, la succion au doigt est parfaite, il ouvre parfaitement bien la bouche quand il baille.

J'observe une tétée et je m'aperçois que Benoit n'ouvre que très peu la bouche pour prendre le sein. Par contre il déglutit très régulièrement et bruyamment. La mère a visiblement beaucoup de lait. Lorsque le bébé lâche le sein, celui-ci est complètement pincé et décoloré.

Je propose à la mère d'améliorer la prise du sein car cette mauvaise prise conduit à des douleurs à la prise du sein et à un vasospasme mécanique : comme Benoit comprime fortement le mamelon avec ses gencives, il coupe momentanément la circulation sanguine dans le mamelon, celui-ci se décolore et quand il lâche le sein, le sang revient petit à petit dans le mamelon et provoque des brûlures importantes pour la mère.
Celle-ci m'explique qu'elle déclenche le même type de brûlures au froid, quand elle sort de la douche par exemple.

Je propose à la mère de placer son bébé en madone inversée pour stimuler son ouverture de bouche. Au premier essai, Benoit peine à bien ouvrir la bouche mais au fil des essais, il ouvre de mieux en mieux la bouche. Une fois bien installé, je vérifie qu'il gère bien le flux important de lait. Cela ne semble lui poser aucun problème. La tétée est immédiatement confortable pour la mère et le mamelon ne sort pas pincé et décoloré.

L'amélioration de la prise du sein suffit donc à supprimer le vasospasme d'origine mécanique.
Je propose à la mère de commencer par améliorer la mise au sein sur toutes les tétées et de voir si les vasospasmes au froid se poursuivent.
La mère est à l'aise avec cette nouvelle mise au sein.
Elle me rappelle une semaine plus tard pour me dire que toutes les douleurs ont disparu et que l'allaitement se passe très bien.

Dans le cas de cette mère, les vasospasmes ont été déclenchés par le pincement du mamelon et ils ont intégralement disparu avec l'amélioration de la prise du sein, même ceux qui se déclenchaient au froid.

Méline

Une scène de la vie dans une maison bouriate, M.I. Miagkov 

Etude du cas clinique

Cette mère accouche à terme d’une petite fille, Méline, de 3,500 kg.
L'allaitement démarre en salle de naissance et se passe bien. Après une perte de poids de 100g, le poids repart à la hausse et le bébé grossit bien. Cependant la mère souffre de douleurs aux mamelons.
Elle contacte une consultante en lactation qui lui propose de voir avec son médecin pour une prescription de la pommade tous usages du Dr Newman. Cette préparation est prescrite par le médecin mais ne change rien aux douleurs de la mère.
Celle-ci essaye de mettre de l'extrait de pépin de pamplemousse, sans effet, de la lanoline, sans effet, du Daktarin gel buccal, sans effet et des pansements au lait maternel qui lui  provoquent des picotements et un inconfort.
Elle fait appel à moi lorsque son bébé a 2 mois et demi car elle a toujours mal aux mamelons et n'en peut plus.

Mon intervention
Au cours de la consultation, j'apprends que cette mère souffre de psoriasis au niveau du cuir chevelu et d'une maladie de Raynaud, maladie circulatoire dans les extrémités du corps.
J'observe la bouche du bébé et sa succion qui sont parfaites. La prise du sein est excellente.
Mais quand Méline lâche le sein, le mamelon blanchit au bout de quelques secondes et la douleur apparaît peu après.
J'observe également que les mamelons et les aréoles sont rosés et irrités.

J'explique à la mère qu'elle fait des vasospasmes, certainement dus à sa maladie de Raynaud. Je lui propose d'appliquer une bouillotte sèche et chaude sur le mamelon juste quand son bébé le lâche pour éviter le déclenchement du vasospasme. Je lui explique également qu'elle devrait en parler avec son médecin pour voir si un traitement est envisageable pour sa maladie de Raynaud. Enfin, je lui explique que certaines mères ont vu diminuer leurs symptômes de vasospasmes en prenant un complément alimentaire de calcium et magnésium.

Je lui propose de commencer par faire diminuer son vasospasme et de voir ensuite si des douleurs persistent car je soupçonne également une atteinte de psoriasis au niveau des mamelons.

La bouillotte après les tétées est particulièrement efficace pour les vasospasmes mais il persiste des douleurs lors des tétées.
Je propose alors à la mère de voir son dermatologue pour envisager un traitement du psoriasis au niveau des mamelons et aréoles.

Le dermatologue consulté confirme un psoriasis léger et proposer un corticoïde léger à diminuer progressivement.
Tout cela combiné, les douleurs ont disparu lorsque le bébé a 3 mois et demi, et l'allaitement se poursuit en surveillant la réapparition des vasospasmes et du psoriasis mais sans douleur.
Bibliographie
  • Jack Newman et Teresa Pitman, L’allaitement, comprendre et réussir, Jack Newman Communications, 2006.
  • Mannel, Martens, Walker, Core Curriculum for lactation consultant practice, ILCA, 2013, page 767.
  • Dossiers de l'Allaitement n° 66 - Vasospasme du mamelon : un problème qu'on peut traiter, LLLFrance.
  • Dossiers de l'Allaitement n° 58 - Cas cliniques : Vasospasme du mamelon, syndrome de Raynaud et nifédipine, LLLFrance.
  • Dossiers de l'Allaitement n° 54 - Cas cliniques : Vasospasme du mamelon, LLLFrance.
  • Dossiers de l'Allaitement n° 33 - Vasospasme du mamelon : l'expérience d'une consultante en lactation, LLLFrance.
  • Dossiers de l'Allaitement n° 31 - Vasospasme du mamelon : deux cas, LLLFrance.
  • Dossiers de l'Allaitement n° 15 - Cas cliniques : douleur des mamelons due à un vasospasme, LLLFrance.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 8 juin 2015 :
Et si on creusait ? L’hyperlactation à la reprise du travail. Le manque de lait dû à l’âge.

N’hésitez pas à faire circuler l’information auprès de vos collègues.

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