Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.

Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Ce bébé a rencontré des difficultés dès sa naissance. Il est très rétrognate, présente un frein de langue postérieur, n'ouvre pas suffisamment la bouche et a une succion désorganisée. La mère a mis en place tout ce qu'il fallait pour pouvoir allaiter ce bébé. Mais devant son impossibilité à se nourrir suffisamment, elle a du le sevrer, la mort dans l'âme.

Cas clinique 2

Des douleurs insupportables pour la mère ont commencé dès la première mise au sein du bébé. Puis le bébé n'a plus réussi à prendre le sein. Un frein de langue très serré a été diagnostiqué et sectionné à 10 jours. Mais le bébé avait besoin de temps pour apprendre à téter et devant les douleurs et la fatigue, malgré une bonne mise en place de la lactation, la mère a sevré son bébé pour cause d'épuisement.

Des difficultés multiples

Etude du cas clinique

Cette mère a accouché à terme d’un petit garçon de 3,100 kg. L’allaitement a été difficile dès le début : les tétées ont tout de suite été très douloureuses et des bouts de sein en silicone ont été proposés à la mère à la maternité.
Ceux-ci n’ont pas permis de supprimer la douleur mais quand la mère a souhaité les enlever, le bébé n’a pas réussi à téter sans. Elle les a donc gardés.
La prise de poids a été très lente et le bébé n’a repris son poids de naissance qu’à trois semaines.

La mère me contacte lorsque son bébé a deux mois car la situation s’est aggravée depuis une semaine : le bébé tète de plus en plus difficilement, pendant très longtemps et continue à faire très mal. Il pèse 4,100 kg.

Mon intervention
J’observe le bébé. Il est très rétrognate, présente un frein postérieur de la langue, n’ouvre pas suffisamment la bouche et sa succion est indécise, il ne sait pas toujours quel mouvement faire avec la langue.
Tout cela m’aide à comprendre pourquoi les débuts ont été difficiles.

J’observe une tétée. La mère ressent des douleurs des mamelons pendant toute la tétée, le bébé n’ouvre pas assez la bouche, il s’énerve au sein et déglutit peu. Si j’essaie de lui proposer le sein sans le bout de sein en silicone, il n’arrive pas à placer sa langue ni à ouvrir assez la bouche pour réussir à prendre le sein.
Par contre je m’aperçois que la mère utilise des bouts de sein en silicone en taille large alors que ses mamelons sont plutôt petits. Je lui propose donc d’essayer des bouts de sein de petite taille. Cela facilite un peu la prise du sein du bébé.
Cette mauvaise prise du sein et cette succion inefficaces expliquent que depuis une semaine le bébé s’énerve au sein : la lactation a diminué faute d’une stimulation suffisante et il n’arrive plus à se nourrir correctement.
 
Je propose à la mère plusieurs pistes :
  • Relancer sa lactation pour que son bébé se nourrisse plus facilement malgré ses difficultés en louant un très bon tire-lait en double pompage et en tirant son lait après chaque tétée pour terminer le travail que son bébé ne peut pas fournir. Je lui explique la méthode de tirage de Jane Morton. Je lui suggère de donner ce lait tiré à la seringue au doigt.
    Je lui suggère également d’envisager avec son médecin la prise de fénugrec pour soutenir la lactation.
  • Envisager de voir un ostéopathe pour aider le bébé à ouvrir plus grand la bouche, voir s’il peut aider à diminuer le rétrognatisme, et vérifier que le nerf grand hypoglosse n’est pas coincé au niveau des vertèbres cervicales, ce qui peut entraîner une succion désorganisée.
  • Rencontrer un ORL pour envisager la section du frein de langue qui, associé au rétrognatisme, empêche le bébé de placer sa langue sous le sein.
  • Améliorer autant que possible la prise du sein du sein pour l’aider à placer sa langue et à ouvrir sa bouche le mieux possible.
  • Surveiller le poids du bébé pour intervenir rapidement s’il ne mange pas suffisamment.
La mère loue immédiatement un tire-lait et commence la stimulation après chaque tétée, elle commence également le fénugrec.
Elle emmène son bébé chez un ostéopathe qui confirme qu’il y a bien un souci d’ouverture de bouche et de mouvement de langue.
Le père du bébé refuse d’envisager la section du frein de langue.
 
12 jours plus tard, la mère me rappelle. Elle n’arrive à tirer que très peu de lait et sa lactation n’a pas l’air de remonter.
Le bébé ne tète pas mieux, il dort mal, il prend 250 ml par jour de lait maternel ou de préparation pour nourrisson à la seringue au doigt. Il vient de perdre 40 grammes en trois jours.
 
Je suggère à la mère d’augmenter les quantités de compléments mais elle m’explique qu’elle a essayé mais que son bébé n’arrive pas à prendre plus. Je lui suggère alors d’essayer de donner un biberon.
Au biberon, le bébé accepte de prendre plus de lait. La mère est désespérée mais la priorité étant que son enfant mange, elle se résigne à lui donner des biberons.
 
Une semaine plus tard, le bébé tète toujours aussi mal et donne désormais l’impression d’attendre le biberon. La mère a du mal à s’en sortir entre les tétées, le tire-lait et les biberons. De plus elle continue à souffrir à chaque tétée.
En désespoir de cause, elle décide d’arrêter les tétées et de tirer ce qu’elle peut de lait pour le donner au biberon en complétant avec une préparation pour nourrissons.
Elle continue à faire cela pendant 15 jours puis décide d’arrêter le tire-lait pour passer à un sevrage complet.
 
Cette décision de sevrage est très difficile pour la mère qui ne rêvait que d’allaiter son bébé mais devant la perte de poids et les difficultés d’alimentation de son bébé, elle a très peu de choix, d’autant plus que sa lactation ne redémarre pas et qu’un tire-allaitement n’est pas non plus envisageable.
Elle a eu beaucoup de mal et a eu besoin de m’appeler plusieurs fois pendant quelques semaines pour en reparler.

Un frein de langue très serré

Etude du cas clinique

Cette mère a accouché une semaine avant terme d’un petit garçon de 3,900 kg. Les premiers jours, le bébé a tété, avec des difficultés pour prendre le sein mais a réussi à obtenir du colostrum. Les tétées ont été douloureuses dès la début pour la mère.
Au troisième jour, avec la montée de lait, les seins ont été très tendus et le bébé n’a plus réussi à prendre le sein. Des bouts de sein en silicone ont été mis en place à la maternité.
Le bébé a tété avec mais les douleurs de la mère n’ont pas cessé d’augmenter. Le bébé dormait beaucoup et tétait peu. Il a perdu 400 grammes en quatre jours. Puis a repris un peu de poids et est donc sorti de la maternité à 5 jours.
 
La mère fait appel à moi à 7 jours car le bébé n’arrive plus à prendre le sein, avec ou sans bout de sein en silicone. Elle tire donc son lait pour le donner au biberon. Sa lactation est parfaite, elle tire 500 ml par jour.

Mon intervention
J’observe la bouche du bébé : son palais est un peu haut, associé à un frein de langue court et inélastique. Le bébé ne peut pas tirer la langue pour prendre le sein. De plus il est rétrognate et serre un peu trop fort les mâchoires. Par contre, son ouverture de bouche est parfaite.

Je propose à la mère de mettre son bébé au sein. Devant le sein, le bébé s’énerve sans réussir à l’attraper, la mère et le bébé sont en pleurs.
Je propose alors à la mère d’essayer de le mettre moi-même au sein, en enlevant le bout de sein en silicone. En le plaçant en madone inversée, avec une prise du sein bien asymétrique, le bébé réussit à prendre le sein et à faire une bonne tétée.
Je montre à la mère comment placer son bébé et elle est à l’aise pour refaire cette position. Le bébé est apaisé après la tétée. Par contre le mamelon a pris une forme de bâton de rouge à lèvres neuf et la mère a toujours très mal.
 
Je propose alors à la mère :
  • De faire des pansements au lait maternel pour soigner ses mamelons
  • D’utiliser la compression mammaire pour aider son bébé à obtenir le plus de lait possible lors des tétées.
  • D’utiliser la seringue au doigt à la place du biberon si elle a trop mal pour mettre son bébé au sein.
  • De voir avec un ORL l’opportunité de sectionner le frein de langue.
La mère me recontacte tous les jours car elle a du mal à remettre son bébé au sein.
Par contre les pansements au lait maternel sont efficaces et lui permettent de mieux supporter la douleur.

L’ORL consulté trois jours plus tard confirme la nécessité de couper le frein de langue et pratique ce geste immédiatement.
Je revois la mère l’après-midi même. Le mouvement de succion du bébé a complètement changé, il tète désormais le doigt parfaitement.
Par contre les tétées sont compliquées : le bébé prend très bien le sein (sans douleur) mais le lâche au bout de quelques succions. Il n’arrive pas à maintenir la succion. Je suppose qu’il a besoin d’un peu de temps pour apprendre à bien téter et je vois avec la mère ce qui est possible de mettre en place.
 
La mère est découragée : elle est très fatiguée et n’arrive pas à récupérer. Lorsque son bébé la réveille la nuit elle n’arrive pas à se rendormir et n’arrive pas à faire des siestes la journée. Sa propre mère est venue l’aider.
Elle a du mal à croire que son bébé va réussir à téter correctement.
Elle est d’accord pour laisser quelques jours à son bébé pour apprendre, en tirant son lait pour compléter à la seringue au doigt s’il n’arrive pas à faire une tétée complète ou s’énerve au sein.
 
Elle me rappelle deux jours plus tard pour me dire qu’elle souhaite arrêter l’allaitement. Elle a l’impression que son bébé n’y arrivera jamais et elle se sent trop fatiguée pour continuer. Et c’est la mort dans l’âme qu’elle passe son bébé au biberon. Mais elle a l’impression de s’acharner sur son bébé et le vit très mal.
Cette mère n’a pas été prévenue que l’allaitement pouvait parfois être difficile. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour réussir l'allaitement mais sa fatigue a pris le dessus et elle n’a pas pu supporter.
Bibliographie
  • Ankyloglossie : prévalence, évaluation, traitement, Les dossiers de l’allaitement n° 47, p.21, 2001.
  • Ankyloglossie : incidence, et impact sur l'allaitement, Les dossiers de l’allaitement n° 59, p.26, 2004.
  • L’impact de l’ankyloglossie sur l’allaitement : évaluation, incidence et traitement, Elizabeth Coryllos, Les dossiers de l’allaitement, numéro spécial 7e JIA, 2008.
  • http://www.brianpalmerdds.com/pdf/Bfing_Frenum_French.pdf
  • Marsha Walker,Breastfeeding management for the clinician, using the evidence, Jones and Bartlett publishers, 2006, p.105.
  • Dr Jack Newman et Teresa Pitman, L’allaitement, comprendre et réussir, Jack Newman Communications, 2006, pages 127 à 130.
  • Diana West et Lisa Marasco, Making more milk, McGraw-Hill, 2009, pages 52-53.
  • Catherine Watson Genna, Supporting sucking skills, Jones and Bartlett Publishers, 2008, pages 286 à 289.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel. La prochaine aura lieu le lundi 3 juin 2013 : Diversification et sevrage.

N'hésitez pas à faire circuler l'information auprès de vos collègues.

 

Une séance de dédicace de mon nouveau livre L’allaitement Malin, est organisée au Poussette Café le mardi 21 mai 2013 à 15h.
Vous pouvez apporter votre exemplaire ou l’acheter sur place..

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