Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
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En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Cette mère nourrit son bébé au biberon car il est impossible de lui faire prendre le sein. Est-ce à cause du biberon qu'elle ne sait pas prendre le sein ? Va t-elle pouvoir revenir au sein ?

Cas clinique 2

Cette mère donne des biberons de complément à son bébé car celui-ci pleure beaucoup après les tétées. Manque t-elle de lait ? Est-ce que son bébé n'est pas capable d'être efficace au sein ?

Marjorie


La Charité, Paul Dubois.
 
Etude du cas clinique

Cette mère accouche deux semaines avant terme et par voie basse d'une petite fille, Marjorie, de 2,700 kg, son premier enfant.
Marjorie a du mal à prendre le sein dès la première tétée en salle de naissance, en peau à peau. Le personnel de maternité veut aider le bébé et lui pousse la tête sur le sein. Elle met au moins trois quart d'heure pour réussir à prendre le sein et téter un peu. Elle perd 300 g et déclare un ictère important nécessitant de la photothérapie. Elle est faible et dort beaucoup. La mère doit la réveiller pour la faire manger. Elle reste 6 jours en maternité.

Au retour à la maison, Marjorie refuse totalement le sein. La sage-femme qui vient voir la mère lui suggère de donner au bébé des seringues de complément. Cela ne suffit pas car Marjorie prend 40 g en 8 jours. La mère passe donc au biberon tout en tirant son lait.
Elle fait appel à moi lorsque Marjorie a 3 semaines et 4 jours.

Mon intervention
Marjorie se réveille mieux mais n'est pas intéressée par la nourriture, elle régurgite beaucoup et se tord de douleur après chaque repas. Elle accepte parfois de prendre le sein avec des bouts de sein en silicone mais n'est pas efficace.
La mère aime beaucoup avoir sa fille au sein et rêve d'un allaitement simple, sans bout de sein en silicone, sans tire-lait et sans biberon. Elle tire son lait 6 fois par jour et obtient en moyenne 50 ml par tirage.
Marjorie prend 7 biberons par jour de 110 ml, de lait maternel ou de préparation pour nourrisson quand il n'y a pas assez de lait maternel.

J'observe Marjorie. Sa mâchoire est très crispée, elle n'essaie pas d'attraper mon doigt quand je lui présente sur les lèvres. Si je lui propose mon doigt dans la bouche, elle le tête mais elle serre tellement fort que la langue ne peut pas passer entre mon doigt et la gencive et elle me fait vite mal au doigt (je n'ose imaginer la douleur sur un sein). Quand je regarde son visage, je me rends compte qu'il est globalement plus serré sur son côté gauche.

Sa mère tente de la mettre au sein : Marjorie ne réussit pas à ouvrir suffisamment la bouche pour prendre le sein, même avec un bout de sein en silicone.
Sa mère lui donne donc un biberon qu'elle commence à prendre très vite. J'explique à la mère comment donner le biberon pour que Marjorie puisse le boire à son rythme, beaucoup plus paisiblement. Nous constatons alors qu'elle ne prend pas 110 ml mais 90 ml, en étant parfaitement rassasiée.
Au bout de quelques minutes, la mère s'exclame qu'elle n'a jamais vu son bébé aussi calme après un repas : elle ne se tord pas et ne pleure pas.

J'explique à la mère que si Marjorie ne tète pas au sein, c'est simplement parce que c'est beaucoup trop compliqué pour elle d'ouvrir la bouche puis de placer sa langue correctement. Je propose à la mère de l'emmener voir un ostéopathe pour l'aider à détendre sa mâchoire et toutes les tensions visibles au niveau de la tête et du visage.
Je lui explique également comment augmenter sa lactation en utilisant la méthode de Jane Morton pour tirer son lait. Enfin, je lui propose d'améliorer la manière de donner le biberon.

La mère est entièrement d'accord avec ce plan et Marjorie voit un ostéopathe le lendemain de notre consultation, qui est entièrement d'accord avec moi et travaille cette tension sur Marjorie. La mère ne voit pas de changement pour le moment. Elle est un peu découragée mais d'accord pour continuer en attendant le prochain rendez-vous d'ostéopathe.

A 4 semaines, contre toute attente, Marjorie réussit à prendre le sein une fois, avec le bout de sein en silicone puis une autre fois le lendemain. Au cours des jours suivants, Marjorie réussit à prendre le sein environ trois fois par jour mais elle tète mal et s'endort sur le sein, a toujours faim après la tétée et prend donc son biberon habituel.
A 5 semaines, elle revoit l'ostéopathe qui considère qu'elle ne peut plus faire plus pour Marjorie. Celle-ci tète de plus en plus souvent mais n'est toujours pas autonome au sein et la mère souhaite arrêter le tire-lait car elle n'en peut plus.

Je lui propose de la revoir pour voir si on peut désormais améliorer la prise du sein et donc l'efficacité de Marjorie.
Je les revois donc à 5 semaines et 4 jours. Marjorie va beaucoup mieux et est capable de téter efficacement. Nous arrivons à la mettre au sein sans le bout de sein en silicone et elle fait une bonne tétée.
Je propose alors à la mère de ne donner un complément que quand elle pense que Marjorie n'a pas été assez efficace mais de ne plus compléter systématiquement et de continuer à tirer son lait 2 à 3 fois par jour pour soutenir sa lactation.
3 jours plus tard, Marjorie est complètement au sein et ne prend plus de compléments, la prise de poids est bonne et la mère peut arrêter de tirer son lait.

Dans la cas de Marjorie, le biberon a été nécessaire pour réussir à la nourrir mais la mère a du apprendre à lui donner pour que son bébé puisse manger calmement. Une fois le problème de tension résolu, Marjorie a pu se passer du biberon sans aucun problème.

Nicolas


Auguste Renoir ‘Mother and Child’
 
Etude du cas clinique

Cette mère accouche à terme et par voie basse d'un petit garçon, Nicolas, de 3,200 kg, son premier enfant.
L'allaitement démarre en salle de naissance mais très vite Nicolas pleure beaucoup et l'entourage de la mère lui dit qu'elle manque de lait et qu'il faut donner des biberons de complément à Nicolas, ce que fait la mère.
Elle poursuit ainsi mais le vit mal et me contacte lorsque son bébé a 6 semaines. 

Mon intervention
Elle m'explique que Nicolas pleure beaucoup après les tétées et est plus calme après les biberons. Elle lui donne 3 biberons de 150 ml par jour. Elle pense qu'elle "fait mal" avec son enfant et le vit très mal.

J'observe le bébé qui ne présente pas de particularité, à part le fait qu'il soit très tendu. Sa courbe de poids est excellente puisqu'il pèse 5,500 kg.
J'observe une tétée : Nicolas prend bien le sein et déglutit très régulièrement tout au long de la tétée, il fait une tétée clairement efficace mais pleure et se tortille après la tétée. En fait il semble souffrir et me fait beaucoup penser aux bébés qui ont un RGO.

Je propose donc à la mère d'en parler avec le pédiatre du bébé. Je lui explique également que son bébé tète très bien et qu'il me semble que les biberons sont inutiles. Je lui propose donc de supprimer un biberon par jour et de faire le point sur la situation dans quelques jours.
3 jours plus tard, ça se passe bien avec un biberon en moins mais le bébé pleure toujours beaucoup. La mère suggère d'enlever un deuxième biberon.

Une semaine plus tard, le pédiatre confirme le RGO et le bébé est mis sous Inexium : il arrête de pleurer après les tétées du jour au lendemain.
Il a pris 320 g en une semaine. Je propose à la mère de supprimer le dernier biberon.
Deux jours plus tard, le bébé est entièrement au sein, ne pleure plus et l'allaitement se passe parfaitement bien.

Dans le cas  de Nicolas, les biberons étaient complètement inutiles car si le bébé pleurait, c'était de douleur et pas de faim. Une fois la douleur supprimée, au vu de la prise de poids, il était clair que les biberons étaient en trop.
Bibliographie
  • Lawrence, Breastfeeding, Elsevier, 2015, page 835.
  • Jack Newman et Theresa Pitman, L'allaitement comprendre et réussir, Jack Newman communications, 2006.
  • Véronique Darmangeat, Allaiter et reprendre le travail, Chronique sociale, 2012.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 11 janvier 2016 :  
Le matériel autour de l'allaitement

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