Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Ce bébé a très peu tété les premiers jours et lorsqu'il tétait, il n'était pas efficace. Il a développé un ictère et a pris des compléments alors que sa mère souhaitait un allaitement exclusif.

Cas clinique 2

Ce bébé a perdu 12% de son poids de naissance et développé un ictère. Après de la photothérapie et quelques compléments, la mère est rentrée chez elle sans autre consigne. Le retour s'est mal passé.

Allaitement exclusif en péril

Etude du cas clinique

Cette mère a accouché deux semaines avant terme d’un petit garçon de 3,020 kg. La première mise au sein a eu lieu après les premiers soins donnés au bébé. Celui-ci n’a pas réussi à prendre en bouche le mamelon droit mais a tété le sein gauche. La mère a eu mal dès cette première tétée.
Au cours des 24 h suivantes, le bébé a refusé le sein droit systématiquement. Il a beaucoup dormi et l’on a dit à la mère de ne pas réveiller un nouveau-né qui dort. Il a tété 6 fois sur 24 heures sur le sein gauche et des crevasses sont apparues.
Des bouts de sein en silicone ont alors été proposés à la mère.
Lors du deuxième jour un ictère est apparu. Le bébé n’avait émis qu’une petite selle méconiale. L’ictère s’est renforcé le troisième jour et ce jour là, le bébé pesait 2,710 kg. Il avait donc perdu 11% de son poids de naissance. Une photothérapie a été mise en place. Le bébé dormait de plus en plus et des compléments de préparation pour nourrisson ont été donnés au biberon au bébé.
La mère et l’enfant sont rentrés à la maison à J5 et les compléments ont été poursuivis alors que la mère avait exprimé clairement son souhait d’un allaitement exclusif. Il lui a été répondu qu’elle pourrait arrêter les compléments lorsque son bébé pèserait plus de 3 kg.

Mon intervention
La mère fait appel à moi lorsque son bébé a 7 semaines pour une aide à l’allaitement maternel.
Le bébé se porte bien. Il pèse 4,500 kg.
Mais la mère souhaite revenir à un allaitement exclusif car le bébé prend toujours un complément de 90 à 120 ml de préparation pour nourrisson après chaque tétée, soit sept fois par 24 heures.
De plus, les douleurs sont toujours présentes et rendent l’allaitement pénible.
 
J’observe la bouche du bébé et je m’aperçois que ce bébé présente un frein de langue de type IV qui l’empêche de tirer suffisamment la langue pour bien téter. De plus, son réflexe nauséeux est sensible à partir du milieu du palais osseux, ce qui est beaucoup trop proche pour un nourrisson. Enfin, il présente une petite ouverture de bouche, alors qu’un bébé doit normalement ouvrir très largement la bouche lorsqu’il baille ou qu’il tète.
J’observe une tétée : la prise du sein est petite et le bébé déglutit peu longtemps au sein. Lorsqu’il lâche le sein, le mamelon est en forme de biseau (comme un bâton de rouge à lèvres neuf).
 
J’explique à la mère pourquoi son bébé ne peut pas être efficace au sein et pourquoi il n’a jamais pu être efficace : il n’a jamais pu ouvrir suffisamment grand la bouche pour bien prendre le sein et sa langue n’a pas pu se placer correctement pour une succion efficace. Cela a entrainé la difficulté à prendre le sein droit, les douleurs et donc l’usage du bout de sein en silicone. Celui-ci n’a fait qu’empirer la mauvaise prise du sein et réduire l’apport de lait au bébé. Ceci conjugué à des tétées beaucoup trop espacées les premiers jours n’a pas permis au bébé d’obtenir suffisamment de colostrum, nécessaire pour bien évacuer le méconium et limiter le risque d’ictère. Un ictère s’est déclaré, nécessitant une photothérapie et a conduit au don de compléments qui n’ont pas permis une bonne mise en place de la lactation.
 
Nous avons ensuite travaillé à faire repartir cet allaitement (ce qui sera l’objet d’une lettre d’information ultérieure) mais la mère a été soulagée de comprendre ce qui s’était passé et a arrêté de se sentir coupable vis-à-vis de son bébé de ne pas réussir à l’allaiter.

Un bébé somnolent

Etude du cas clinique

Cette mère a accouché à terme d’une petite fille de 2,960 kg.
Le bébé a été mis au sein trois heures après la naissance…et les douleurs ont immédiatement commencé. Toutes les tétées par la suite ont été douloureuses.
Les deux premiers jours, le bébé a beaucoup dormi et peu tété. A J3, elle a perdu 12% de son poids de naissance et pèse 2,625 kg. Elle présente un ictère nécessitant une photothérapie. Deux séances de 4 heures sont faites…sans pause tétée.
Comme le poids ne remonte pas, on demande aux parents de réveiller leur bébé toutes les trois heures et de donner systématiquement 40 ml de préparation pour nourrisson au biberon après la tétée. Le poids remonte et la sortie se fait à J5, le bébé pesant 2,770 kg. On dit aux parents qu’ils peuvent arrêter les compléments.

Mon intervention
La mère fait appel à moi à J6 car le poids a à nouveau chuté et que les douleurs sont toujours fortes.
Le bébé pèse 2,650 kg et dort beaucoup. La mère a beaucoup de mal à la réveiller pour les tétées et le bébé s’endort au sein au bout de quelques succions.
 
J’observe le bébé que je trouve toujours très jaune, je demande donc à la mère de retourner à la maternité pour faire contrôler l’ictère.
Par ailleurs, je m’aperçois que le bébé présence un frein de langue très avancé, élastique mais qui ne lui permet pas de tirer suffisamment la langue. Cette petite fille sait très bien ouvrir la bouche pour bailler par exemple mais quand elle veut tirer la langue pour prendre le sein, elle doit refermer la bouche car le frein de langue tire la langue vers l’arrière de la bouche.
 
J’observe une tétée et après un réveil laborieux pour prendre le sein, le bébé s’endort après trois ou quatre succions puis ne fait plus que tétouiller légèrement. La mère ne se rend pas compte que les tétées ne sont pas efficaces. Je lui montre alors comment observer les déglutitions.
 
J’explique à la mère que ses douleurs sont dues à une mauvais prise du sein due au frein de langue du bébé. Cette mauvaise prise du sein empêche le bébé d’être efficace au sein depuis la naissance et la prise de colostrum a été trop faible, d’autant plus que le nombre de tétées était insuffisant, tout ceci ayant conduit à l’ictère.
L’ictère lui-même a augmenté la somnolence du bébé et il n’est pas capable alors de se nourrir seul au sein.
Je lui propose alors de tirer son lait (en utilisant la méthode de Jane Morton) pour lancer sa lactation et donner des compléments de lait maternel au bébé en petites quantités très régulières de manière à s’assurer que le bébé mange suffisamment.
Je propose également d’aller consulter un ORL pour discuter de l’opportunité de couper le frein de langue pour permettre au bébé d’être efficace au sein et de ne plus faire mal à sa mère.
Enfin, je lui propose d’utiliser des pansements au lait maternel pour faire cicatriser ses crevasses.
 
La mère ramène son bébé à la maternité pour faire contrôler l’ictère : une nouvelle séance de photothérapie est décidée.
Elle loue un très bon tire-lait électrique et tire son lait 8 fois par 24 heures après les tétées. Le lait maternel est donné au bébé à l’aide d’un DAL au doigt pour éviter d’augmenter ses problèmes de succion avec un biberon.
Un ORL confirme et coupe le frein de langue à J9.
La succion s’améliore immédiatement et les douleurs cessent. Mais le bébé est toujours trop faible pour réussir à prendre tout le lait nécessaire au sein.
La mère continue donc à tirer son lait et à complémenter son bébé avec jusqu’à J15. Le bébé pèse alors 2,900 kg et réussit dès lors à téter efficacement seule.
Bibliographie
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, using the evidence, Jones and Bartlett publishers, 2006, p.249-261.
  • Dr Jack Newman et Teresa Pitman, L’allaitement, comprendre et réussir, Jack Newman Communications, 2006, pages 207-216.
  • Véronique Darmangeat, L’Allaitement Malin, Editions Leduc.s, 136-137.
  • Les dossiers de l’allaitement n°42, LLLFrance, janv 2000.
  • Les dossiers de l’allaitement n°45, LLLFrance, oct 2000.
  • Les dossiers de l’allaitement n°57, LLLFrance, oct 2003.
  • Les dossiers de l’allaitement n°72, LLLFrance, juillet 2007.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 7 octobre 2013 :
L’allaitement du nouveau-né les premiers jours

N’hésitez pas à faire circuler l’information auprès de vos collègues.

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