Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
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En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Emeline a beaucoup de mal à être efficace au sein et sa mère ne sait plus comment faire pour faire grossir son bébé tout en maintenant son allaitement. C'est le pédiatre du bébé qui lui conseille de me contacter.

Cas clinique 2

Louis n'arrive pas à prendre le sein puis à le maintenir en bouche. Sa mère doit tirer son lait pour lui donner en plus des tétées pour réussir à le nourrir suffisamment. La pédiatre ne comprend pas ce qui se passe et me contacte.

Emeline

Etude du cas clinique

Cette mère accouche quinze jours avant terme et par voie basse d'une petite fille, Emeline, de 3,620 kg, son premier enfant.

L'allaitement est difficile dès le début car Emeline a du mal à prendre le sein, elle s'énerve et dort très peu. Les conseils reçus à la maternité sont contradictoires. La mère a de vives douleurs aux mamelons. Des bouts de seins en silicone sont alors proposés.

Le retour à la maison se fait à J3, le jour de la montée de lait. Emeline pèse 3,500 kg. Les seins sont très durs et Emeline n'arrive plus du tout à prendre le sein.
La PMI conseille de masser les seins pour les assouplir mais l'allaitement n'est pas efficace et à J8, le bébé pèse 3,300 kg. Des compléments de préparation pour nourrisson sont prescrits.
Les parents emmènent Emeline voir un ostéopathe qui trouve un problème avec la langue et travaille dessus. Les parents trouvent que les tétées se passent beaucoup mieux.

A J15, visite chez la pédiatre du bébé qui pèse 3,600 kg, grâce aux compléments. La pédiatre suggère aux parents de me voir pour remettre en route l'allaitement et d'arrêter les compléments car la prise de poids est bonne.

Mon intervention
Je vois Emeline et ses parents à J16. Les compléments sont arrêtés depuis la veille.
La mère me dit que son bébé tète beaucoup mieux, surtout sur le sein gauche, qu'elle tète dix minutes, sans aucun rythme, qu'elle dort bien la nuit, qu'il est impossible de la réveiller et qu'il se passe donc parfois 4 heures entre deux tétées. Les parents pensent qu'Emeline a mal au ventre parce qu'elle pleure beaucoup.
Les bouts de sein en silicone sont indispensables car Emeline glisse sur les seins nus.

Je regarde la bouche du bébé qui a un aspect normal... jusqu'à ce que je propose mon doigt à téter à Emeline ! Elle laisse alors sa langue en arrière de la bouche, repousse mon doigt et n'arrive pas à le téter. Si je place moi-même mon doigt un peu plus loin dans sa bouche, elle ne le repousse plus mais sa succion est totalement incohérente : elle remonte l'arrière de sa langue, a du mal à l'allonger et parfois le mouvement de langue est presque bien.
Si je propose du lait à la seringue le long de mon doigt, la succion est encore pire, elle mâchonne mon doigt mais ne sais pas téter.
De plus l'ouverture de bouche est insuffisante.

J'observe une tétée, les déglutitions sont peu fréquentes, les joues se creusent et Emeline est visiblement inefficace.
Je propose à la mère d'enlever le bout de sein en silicone et d'installer sa fille en madone inversée. Emeline réussi alors à prendre le sein sans le bout de sein en silicone mais elle n'est pas plus efficace.
 
J'explique aux parents que le mouvement de langue est incohérent et que la raison la plus fréquente pour cela c'est que le nerf moteur de la langue (le grand hypoglosse) soit coincé au niveau des vertèbres cervicales. Je leur propose donc de revoir l'ostéopathe pour lui poser la question et d'en profiter pour lui signaler qu'Emeline n'ouvre pas assez la bouche.
Je leur explique qu'elle ne mange pas suffisamment au sein, ce qui explique ses pleurs fréquents.
Je leur montre comment reconnaître les déglutitions et donc l'efficacité d'une tétée et je leur propose de donner un complément de lait maternel tiré, à la seringue au doigt (pour entrainer le mouvement de langue dans le bon sens), après la tétée quand celle-ci n'a pas été efficace. Je leur propose également de tirer le lait après la tétée pour terminer le travail que le bébé n'arrive pas à faire, afin de bien stimuler la lactation et de rendre les tétées plus faciles pour Emeline.
Les parents sont d'accord pour mettre tout cela en place.

J'envoie un message au pédiatre pour lui expliquer ce que j'ai observé, ce que j'ai proposé aux parents et que je pense que le grand hypoglosse est coincé. Le pédiatre me répond qu'elle aurait été bien incapable de voir cela, qu'elle est donc contente que les parents aient pris rendez-vous avec moi.
 
La mère me recontacte à J24.
Le bébé a bien pris du poids. L'ostéopathe a confirmé que le grand hypoglosse était coincé et l'a libéré. Par contre les compléments de lait maternel sont donnés au biberon pour plus de commodité.
 
La pédiatre me recontacte a J40 pour me dire que désormais Emeline est exclusivement au sein et se débrouille très bien.
Cette pédiatre a bien compris qu'il se passait quelque-chose d'anormal avec cet allaitement mais ne savait pas pourquoi. Le fait qu'elle m'ait adressé cette famille a permis un bon travail en équipe.

Louis

L'Allaitement, figurine en porcelaine de Niderviller, XVIIIe siècle, Binoche et Giquello - Paris.

Etude du cas clinique

Cette mère accouche une semaine avant terme et par voie basse d'un petit garçon, Louis, de 3,660 kg, son deuxième enfant. L’aîné a été allaité 13 mois sans souci particulier.

L'allaitement commence mal car Louis n'arrive pas à maintenir le sein en bouche. Des compléments sont donnés en maternité pour qu'il reprenne du poids avant la sortie puis arrêté au retour à la maison, ce qui entraîne une nouvelle perte de poids.
La mère décide donc de tirer son lait pour le donner à la seringue au doigt après les tétées, ce qui permet à Louis de bien prendre du poids.

Lors de la visite chez la pédiatre à J17, celle-ci examine la bouche du bébé mais ne comprend pas ce qui pose souci lors de l'allaitement. Elle propose donc aux parents de me rencontrer et m'envoie un compte-rendu de son examen.

Mon intervention
Je vois cette famille à domicile à J21. La mère m'explique qu'elle tire son lait 4 fois par 24 heures, pour 70 ml en moyenne par tirage. Elle donne à son bébé trois fois par jour son lait à la seringue au doigt, en le laissant prendre les quantités qu'il souhaite. Elle le met au sein à chaque fois qu'il demande mais la prise du sein est très difficile et Louis lâche le sein très souvent.

Je regarde la bouche de Louis et je remarque tout de suite une profonde rainure centrale sur sa langue. Le reste de la bouche est normal.
Lorsque je propose mon doigt à téter à Louis, il a énormément de mal à aller le prendre seul. Si j'avance le doigt un peu plus loin dans sa bouche, il le prend mais son mouvement de langue est limité, il n'arrive pas à allonger correctement la langue.
Je trouve deux explications à cela : sa langue est courte et son frein de langue est postérieur, très épais et serré.
De ce fait, la prise du sein et le maintien du sein en bouche sont très compliqués.
 
J'explique tout cela aux parents et je leur propose de prendre l'avis d'un ORL qui connait bien ce type de freins de langue. En effet, ce frein étant épais, j'ignore s'il pourra être sectionné sans risque.
J'écris également au pédiatre pour lui faire part de mes observations.
 
L'ORL consulté une semaine plus tard confirme que le frein est très gênant mais qu'il ne peut pas le sectionner sans risque d'hémorragie.
 
La mère choisi alors de poursuivre son allaitement de la même manière : mise au sein, tire-lait et compléments de lait maternel à la seringue au doigt.
Actuellement, ce bébé a 4 mois et est toujours allaité ainsi.
Bibliographie
  • Jack Newman et Teresa Pitman, La prise de sein et autres clefs de l'allaitement réussi, éditions du Hêtre, 2010.
  • Watson Genna, Supporting sucking skills, Jones and Bartlett, 2008, page 62.
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, Using the evidence, Jones and Bartlett Publishers, 2014, page 139.
  • Ankyloglossie : prévalence, évaluation, traitement, Les dossiers de l’allaitement n° 47, p.21, 2001.
  • Ankyloglossie : incidence, et impact sur l'allaitement, Les dossiers de l’allaitement n° 59, p.26, 2004.
  • L’impact de l’ankyloglossie sur l’allaitement : évaluation, incidence et traitement, Elizabeth Coryllos, Les dossiers de l’allaitement, numéro spécial 7e JIA, 2008.
  • http://www.brianpalmerdds.com/pdf/Bfing_Frenum_French.pdf (lien au 20/10/2015)
 

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 9 novembre 2015 :  
Communiquer autour de l'allaitement

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