Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement.
N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

 

Ce mois-ci, une fois n’est pas coutume, je vous propose un seul cas clinique plus complet.

Cas clinique

Cette mère a mal vécu un sevrage pas vraiment choisi. Elle choisit de relancer sa lactation alors que sa fille n'a pas tété du tout depuis deux mois.
Et ça marche !

Relactation

Etude du cas clinique

Cette mère n’a pas allaité son premier enfant par manque de soutien. Elle a mal vécu cette expérience et la ressent toujours comme un échec.

Elle accouche 17 jours avant terme et par voie basse d’une deuxième enfant, une petite fille de 2,780 kg.
L’allaitement démarre bien, la mère est heureuse de cette expérience et le bébé est allaitée exclusivement pendant 2 mois et demi.

A cet âge, la mère déclenche une grosse crise de sciatique à cause d’une hernie discale. Son médecin lui prescrit de la cortisone pendant dix jours. La mère peut poursuivre un allaitement exclusif malgré ce traitement mais c'était un assez gros dosage et elle n'est pas sereine d'allaiter son bébé avec cette dose de cortisone. Elle a peur que son lait ne soit pas parfait pour son bébé. Elle choisit donc d’allaiter le matin avant de prendre son traitement  et le soir car il y a 6 h entre la dernière prise et la tétée.
La reprise du travail se profile et la mère est inquiète à l’idée de reprendre un allaitement complet et de tirer son lait. Elle reste donc sur un allaitement mixte avec deux tétées par jour et reprend le travail aux 4 mois et une semaine de son bébé.
Elle perd alors beaucoup de cheveux et décide d’arrêter l’allaitement pour pouvoir prendre un traitement. Sa fille a alors 4 mois et demi.
Elle a beaucoup aimé allaiter et a choisi de retarder le plus possible la prise de médicaments malgré la souffrance pour pouvoir poursuivre cet allaitement. Elle est donc triste d’arrêter alors que son allaitement se passait bien.
Le sevrage se passe bien.
 
Lorsque sa fille a 6 mois et une semaine, elle se rend compte qu’elle n’a toujours pas « digéré » ce sevrage et qu’elle a du mal à tourner la page. Sa fille de souffre de reflux gastro-œsophagien et elle se dit qu’il serait préférable pour elle d’avoir du lait maternel, d’autant plus qu’elle est gardée en crèche la journée et qu’elle est malade en permanence. Si elle tente d’exprimer du lait, elle parvient à obtenir quelques gouttes.

Mon intervention
Elle me contacte via ma page facebook pour me demander s’il est envisageable de relancer sa lactation pour reprendre l’allaitement.
Je lui fournis les informations nécessaires au redémarrage d’une lactation à savoir la location d’un bon tire-lait électrique en double-pompage, une fréquence de tirage d’au moins 8 fois par 24 heures et l’utilisation de la méthode de tirage combinée telle qu’elle expliquée par Jane Morton. Je lui parle de l’utilisation possible du fénugrec pour aider au redémarrage de la lactation. Je lui suggère également de prendre rendez-vous avec une consultante en lactation.
 
La mère me répond qu’il ne va pas être possible de tirer son lait à cette fréquence car elle travaille la journée mais qu’elle va exploiter le week-end à venir pour tirer au maximum.
Les premiers tirages sont très déprimants pour la mère qui ne récolte que quelques gouttes de lait. J’ai beau lui expliquer que c’est tout à fait normal au début, son moral est au plus bas et elle décide de prendre rendez-vous avec moi mais le rendez-vous n’est possible que quelques jours plus tard en raison de ses horaires de travail. En attendant elle est complètement démoralisée.
 
Lorsque je la rencontre, son moral est remonté. Nous faisons le point ensemble sur sa santé, sa disponibilité, sa manière de tirer le lait et les besoins de sa fille. Je lui suggère de changer de tire-lait pour louer un Medela Symphony en double pompage. Nous essayons ensemble de remettre sa fille au sein qui accepte de faire quelques succions puis s’arrête car elle n’obtient pas de lait. J’explique à la mère que c’est très encourageant car sa fille est a priori d’accord pour reprendre le sein, à condition qu’il y ait du lait. Je lui explique également l’usage possible d’un DAL (dispositif d’aide à la lactation) pour donner envie à sa fille de reprendre le sein mais sans garantie de résultat vu l’âge de sa fille qui pourrait très bien refuser le tuyau du DAL.
Cette mère est fatiguée car elle doit jongler entre son travail et ses deux enfants en bas âge. Je lui suggère donc de faire de son mieux mais sans se mettre la pression et d’accepter le résultat de ses efforts, quels qu’ils soient. Ce qu’elle fait est déjà très bien !
Elle a lu sur internet que l’usage de la dompéridone pouvait aider à faire redémarrer la lactation et me demande mon avis. Je lui explique quel usage en est fait, quels sont les éléments qui ont alimenté la polémique autour de cet usage et que je doute qu’elle trouve un médecin pour lui prescrire. Je lui fournis toute la documentation écrite pour son médecin.
Son médecin accepte de le lui prescrire.
 
A l’essai du DAL, sa fille refuse le tuyau puis refuse totalement le sein sans le DAL. L’essai n’est donc pas du tout concluant. Je propose à la mère de mettre sa fille au sein quand elle est encore à moitié endormie pour la « réapprivoiser ». Mais la mère redoute désormais que sa fille refuse le sein et retarde le moment de lui reproposer le sein.
Par contre la lactation augmente régulièrement, petit à petit. La mère tire son lait 6 à 8 fois par 24 heures, y compris la nuit et elle rentre le midi chez elle pour pouvoir tirer. Je lui suggère alors de demander au service de santé au travail si elle peut tirer au sein du service, ce qui est accepté sans problème.
 
6 jours après notre rendez-vous, la mère réveille sa fille quelques minutes avant l'heure habituelle, elle est encore un peu endormie, dans la pénombre et elle prend le sein pendant 2 minutes.
La mère tire de plus en plus de lait et remplit les biberons de plus en plus.
Le lendemain, le bébé ait une vraie tétée de 10 minutes sur les deux seins.
La mère continue à tirer son lait 5 fois par 24 heures les jours où elle travaille et 7 fois les autres jours.
4 jours plus tard, la tétée du matin suffit au bébé qui ne prend pas de biberon de complément après la tétée. Le soir, elle ne prend plus que 30 ml au biberon après la tétée au lieu des 60 ml des jours précédents.
3 jours plus tard les 2 tétées par jour sont parfaites et suffisantes. La mère tire son lait deux fois par jour en plus des tétées.
 
Au bout d’un mois de prise de dompéridone, le médecin ne renouvelle pas la prescription et la mère diminue pour arrêter progressivement la prise de dompéridone. La lactation diminue alors : la mère tirait 110 ml le midi, elle ne tire plus que 70 ml et sa fille n’est plus rassasiée après la tétée du soir.
 
Un mois et demi après la consultation la mère part en vacances…et oublie son tire-lait. Je lui suggère de tirer son lait à la main. Mais la stimulation manuelle n’a pas suffit et la lactation a diminué un peu (60 ml le midi). Mais les tétées continuent à bien se passer. Le bébé a 8 mois et demi et tète 2 fois par jour les jours où sa mère travaille et 3 fois par jour quand sa mère est présente. Le lait que sa mère tire est apporté à la crèche pour le repas du midi et le gouter.
 
La mère est satisfaite et souhaite que son allaitement se poursuive tant qu’elle aura du lait et que son bébé voudra téter.
Bibliographie
  • Traité de l’allaitement maternel, LLLI, 1999, pages 367 à 382.
  • Jack Newman et Teresa Pitman, L’allaitement, comprendre et réussir, Jack Newman Communications, 2006.
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, Using the evidence,  Jones and Bartlett Publishers, 2006.
  • Relactation à un mois post-partum, les dossiers de l’allaitement n°55, 2003, page 9.
  • OMS, La relactation, 1998.
  • Diana West et Lisa Marasco, Making more milk, Mc Graw Hill, 2009.
  • Protocoles cliniques de l’Academy of Breastfeeding Medicine, Protocole n°9, Utilisation des galactogènes pour l’induction ou l’augmentation de la sécrétion lactée, Première révision, Janvier 2011. Breastfeed Med 2011 ; 6(1) : 41-6.

 

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 7 avril 2014 :
Relactation et lactation induite

N’hésitez pas à faire circuler l’information auprès de vos collègues.

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