Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Cette mère veut allaiter mais la lactation se révèle insuffisante dès le début.
Malgré la mise en place de différentes stratégies, la lactation ne remonte pas.

Cas clinique 2

Ce bébé doit gérer des tétées très abondantes dès ses premiers jours. Sa mère réussit à trouver des solutions jusqu'au jour où un accident l'empêche d'utiliser ses techniques habituelles.

SOPK et lactation suffisante

Karin et Brita, Carl Larsson, 1893 

Etude du cas clinique

Cette mère accouche une semaine avant terme d’un petit garçon, Emile de 3,160 kg.
Elle a toujours voulu allaiter et compte beaucoup sur les débuts de l’allaitement. Mais elle décrit une lactation faible alors que le bébé ne présente aucun problème pour téter. Il perd du poids et déclenche un ictère.
De retour à la maison, le bébé pleure beaucoup, le poids stagne et des compléments sont introduits au biberon. La lactation baisse encore.

Mon intervention
La mère fait appel à moi un mois après la naissance. Elle souhaite relancer l’allaitement tout en reconnaissant que le fait de donner des biberons la rassure. Emile prend alors deux fois 110 ml de préparation pour nourrisson par 24h.
Nous revoyons ensemble quels sont ses antécédents médicaux et elle m’apprend qu’elle souffre d’un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) depuis de nombreuses années et qu’elle a rencontré des problèmes de fertilité. Son SOPK n’est ni suivi, ni traité.
J’observe Emile : sa bouche est normale, sa succion au doigt est bonne mais il a du mal à positionner sa tête en légère extension arrière et n’ouvre que moyennement grand la bouche.
J’observe une tétée : Emile déglutit régulièrement mais s’endort rapidement au sein. La mère décrit une douleur à la prise du sein qui s’estompe ensuite.
Nous améliorons la mise au sein : en position biological nurturing, Emile est mal à l’aise car il n’arrive pas à relever la tête pour prendre le sein. En madone inversée, c’est un peu mieux mais Emile n’est toujours pas très à l’aise. Cependant la douleur diminue à la prise du sein.
A un mois, ce bébé pèse 3,500 kg.
Je propose donc à la mère d’améliorer la mise au sein à chaque tétée, de voir avec un ostéopathe s’il peut aider Emile à ouvrir mieux la bouche et à mettre sa tête en légère extension arrière, de faire un cure de fénugrec et de tirer son lait avec un tire-lait électrique efficace en double pompage après chaque tétée pour petit à petit pouvoir remplacer les complément de préparation pour nourrisson par des compléments de lait maternel.
Nous maintenons les compléments pour le moment car ce bébé en a besoin pour prendre du poids.

J’espère qu’en reprenant du poids, ce bébé va devenir plus efficace au sein car il n’a pas de problème de succion. Je souhaite également que la mère stimule sa lactation au maximum.
Une semaine après la consultation, la mère me rappelle : l’ostéopathe a été efficace et Emile ouvre désormais très grand la bouche et a gagné en mobilité de la nuque. Il ne fait plus du tout mal à la prise du sein. Par contre il ne tète pas plus longtemps qu’avant et continue à s’endormir au sein. Après la tétée, elle ne tire que quelques millilitres qu’elle n’arrive pas à compter. Les quantités n’augmentent pas et le bébé a toujours besoin des compléments de préparation pour nourrisson.
La semaine suivante, la mère peut comptabiliser 5 ml tirés sur chaque sein après les tétées. La situation est très stable.
Elle décide alors d’arrêter le tire-lait qui est très prenant pour une faible efficacité. Je lui propose alors de poursuivre les mises au sein pour chaque tétée et de continuer les compléments.
Elle n’est pas entièrement satisfaite car elle souhaitait un allaitement exclusif mais quand je lui explique que son SOPK est certainement à l’origine de sa lactation insuffisante, cela lui permet d’arrêter de culpabiliser. Elle est contente de pouvoir continuer à nourrir son bébé partiellement avec son lait.

SOPK et hyperlactation

Maternité, Eugène Carrière, vers 1887

Etude du cas clinique

Cette mère accouche à terme d’un petit garçon, Maxime de 3,700 kg. L’allaitement démarre rapidement et facilement.
Dès la fin de la première semaine, Maxime s’étouffe au sein à chaque tétée. Il prend rapidement du poids. Il a beaucoup de gaz et se tortille beaucoup.
La mère essaye différentes positions et finalement c’est uniquement quand le bébé est en porte-bébé que les tétées se passent bien.
Lorsque Maxime a un mois, la mère chute et se casse des vertèbres. La douleur étant particulièrement forte, la mère ne peut plus donner les tétées que couchée ou parfois assise mais elle doit oublier le porte-bébé.

Mon intervention
Elle fait appel à moi lorsque Maxime a trois mois. Elle n’arrive pas à gérer l’hyperlactation, Maxime se tortille au sein, ce qui lui provoque des douleurs au dos qu’elle ne peut plus supporter.
Elle a essayé de tirer un peu de lait avant de mettre son bébé au sein mais elle tire alors 100 ml sur chaque sein et cela a relancé sa lactation. Par contre les tétées de nuit se passent bien. Elle a besoin de trouver une solution.

Lorsque je lui demande ses antécédents médicaux, elle m’apprend qu’elle souffre d’un SOPK depuis l’adolescence, elle n’a pas de cycles et des problèmes de pilosité importants. Elle n’est ni suivie, ni traitée.

Maxime ne présente aucune particularité. Il tète de manière efficace, déglutit très rapidement et effectivement s’agite au sein car le lait coule trop vite.
Devant cette hyperlactation manifeste, je propose à la mère la méthode du drainage complet en première intention. Elle est d’accord et la met en place dès le lendemain soir. Elle tire 250 ml. Dès le lendemain matin, l’hyperlactation est de retour et le bébé agité au sein.

Devant cet échec du drainage complet, je propose à la mère d’essayer de faire de petites tétées plus fréquentes, pour ne pas attendre que les seins soient trop pleins et le jet trop fort, pour que Maxime n’ait pas trop faim et tète un peu plus doucement.
Deux jours plus tard, les nouvelles ne sont pas bonnes, les tétées sont toujours aussi agitées et la mère n’en peut plus.
Elle me demande s’il serait possible de mettre en place un tire-allaitement pour que les repas soient plus calmes.
C’est donc ce qu’elle fait en tirant son lait pour le donner au biberon. Maxime a besoin d’une période d’apprentissage pour accepter le biberon mais en quelques jours, la situation s’apaise et la mère est satisfaite.

Dans son cas, on peut se poser la question du rôle du SOPK. On sait que celui-ci peut induire chez certaines femmes une hyperlactation. C’est peut-être pour cette raison que le drainage complet n’a pas été efficace.
Bibliographie
  • D. West et L Marasco, Making more milk, Mc Graw Hill, 2009.
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, Using the evidence, Jones and Bartlett Publishers, 2014, page 560.
  • R. Lawrence, Breastfeeding, Elsevier, 2011.
  • Caroline GA van Veldhuizen-Staas, International  Breastfeeding Journal, août 2007.
  • Allaiter Aujourd’hui n°78, LLLF, janvier/février/mars 2009.
  • Les dossiers de l’Allaitement n°77, LLLF, page 6, octobre/novembre/décembre 2008.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 8 décembre 2014 :
L’insuffisance de lactation et la baisse de lactation.


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