Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

A la naissance, Noam prend le sein et fait une bonne tétée mais sa mère a tout de suite des douleurs des mamelons. Par la suite, la mère décrit un bébé qui ne veut jamais lâcher le sein mais qui s'endort très vite au sein. A J7 Noam a l'air gêné, il se tortille, mange t-il suffisamment ?

Cas clinique 2

L'allaitement démarre très mal pour Grégoire car il ne prend pas le sein.De retour à la maison, la mère réussit à le mettre au sein, avec des bouts de sein en silicone, mais les tétées sont très longues et très peu efficaces. Grégoire prend très peu de poids et commence à dormir 7 à 8 heures chaque nuit. Il est urgent d'intervenir.

Noam


Mère et enfant Pieter de Grebber, 1602
 
Etude du cas clinique

Cette mère accouche six jours après terme et par voie basse d'un petit garçon, Noam, de 3,800 kg, son premier enfant. Noam prend le sein et fait une bonne tétée une demi-heure après la naissance. La mère a la sensation que la succion est efficace mais une crevasse se forme sur le mamelon droit, dès cette première tétée. La maternité dit à la mère de soigner cette crevasse au Mupiderm.
Par la suite, la mère décrit un bébé qui ne veut jamais lâcher le sein mais qui s'endort très vite au sein.
La montée de lait se fait à J4 et dans les 24 heures qui suivent Noam n'émet aucune selle. A J5, le bébé émet deux selles. A J6, aucune selle.
La mère fait appel à moi à J7 car son bébé a l'air gêné, il se tortille et elle n'est pas sûre qu'il mange suffisamment.
 

Mon intervention
Lors de la consultation, la mère m'explique qu'elle souffre d'un syndrome des ovaires polykystiques et d'anémie. Il convient donc de bien surveiller cet allaitement car il arrive qu'avec ces deux pathologies, la lactation puisse être insuffisante.

J'observe la bouche du bébé et je constate que Noam est rétrognathe, son palais est très haut, il n'ouvre pas très grand la bouche et referme en serrant très fort. La succion en elle-même est bonne.
Je regarde une mise au sein et je m'aperçois que Noam referme la bouche sur le sein et quand il le lâche, le mamelon est très pincé.
Je montre à la mère comment améliorer la prise du sein de son bébé en position de madone inversée. La prise est meilleure, mais pas parfaite car l'ouverture de bouche reste insuffisante. Le fait d'obliger Noam à lever la tête pour prendre le sein et à placer son menton en premier dans le sein, permet que le bébé ne referme pas trop la bouche, ce qui est le cas quand le menton n'est pas collé dans le sein. Cette mise au sein est compliquée par la rétrognathie de Noam.
Je propose donc à la mère de s'adresser à un ostéopathe, pour voir s'il peut améliorer l'ouverture de bouche de Noam, faire avancer son menton et faire baisser son palais.
Je lui propose également, en complément de l'amélioration de la prise du sein, de faire des pansements au lait maternel pour faire cicatriser ses crevasses.

L'amélioration de la prise du sein et les pansements au lait maternel sont efficaces rapidement car les crevasses sont refermées deux jours plus tard.
Le bébé voit un ostéopathe une semaine plus tard qui améliore sensiblement la situation, surtout au niveau de l'ouverture de bouche.
La prise du sein est améliorée immédiatement car le menton en arrière est moins gênant avec une bonne ouverture de bouche.
La mère poursuit son allaitement sans souci particulier et sans douleurs.

Dans ce cas, le fait que Noam soit rétrognathe n'a pas aidé à une bonne prise du sein au début mais a pu être compensé par une amélioration de la mise au sein et de l'ouverture de bouche.

Grégoire


Mère allaitant, Frederic Bacon Barwell, 1860 
 
Etude du cas clinique

Cette mère accouche trois semaines avant terme et par voie basse d'un petit garçon, Grégoire, de 3,000 kg, son premier enfant.
L'allaitement démarre très mal car Grégoire ne prend pas le sein. La mère tire son lait et des compléments de préparation pour nourrisson sont également donnés à Grégoire à la maternité.

De retour à la maison, la mère réussit à mettre Grégoire au sein en position ballon de rugby, avec des bouts de sein en silicone, mais les tétées sont très longues et très peu efficaces. Très vite, des crevasses se forment au sein droit et saignent. Grégoire prend très peu de poids et commence à dormir 7 à 8 heures chaque nuit.
La pédiatre consultée est inquiète et demande aux parents de donner des compléments de préparation pour nourrisson à Grégoire et de le réveiller au moins toutes les trois heures. Mais quand la mère réveille son bébé, il ne prend pas le biberon, et encore moins le sein.
Voyant que la lactation s'effondre, la mère décide de tirer son lait pour que son bébé ait au moins son lait au biberon.

Le second pédiatre consulté par les parents demande à la mère de choisir entre le sein et le biberon. La mère choisit le sein et le pédiatre demande de donner 10 minutes chaque sein toutes les quatre heures. Le poids s'effondre car le bébé ne mange plus suffisamment.

La mère décide de ne plus écouter le pédiatre et de donner le sein à la demande en complétant par un biberon systématiquement. Grégoire prend en moyenne 75 ml de lait maternel ou de préparation pour nourrisson, cinq fois par 24 heures. Le poids remonte et Grégoire va bien mais la mère n'est pas satisfaite.

Mon intervention
La mère me contacte lorsque son bébé a presque 5 semaines car elle voudrait pouvoir revenir à un allaitement exclusif.
J'observe Grégoire : il est très rétrognathe, sa mâchoire inférieure est décalée vers la gauche et sa succion est complètement désorganisée.
Lorsque sa mère essaie de le mettre au sein, il ne prend en bouche que l'extrémité du bout de sein en silicone et ne déglutit que très peu. Nous essayons une tétée sans bout de sein en silicone et c'est un échec total car Grégoire n'arrive pas à prendre le sein en bouche : son menton glisse sur le sein et sa langue ne joue pas son rôle.

Je regarde Grégoire prendre un biberon et ce n'est pas beaucoup mieux : il a beaucoup de mal à coordonner succion-déglutition-respiration, fait couler beaucoup de lait en dehors de sa bouche et ne prend que l'extrémité de la tétine en bouche.
Je montre à la mère comment proposer le biberon pour que Grégoire place sa langue au mieux et puisse respirer régulièrement. La prise du biberon se passe alors beaucoup mieux.
 
Nous voyons avec la mère ce qui est possible de mettre en place :
  • Je lui propose de montrer Grégoire à un bon ostéopathe pour vérifier que le nerf grand hypoglosse n'est pas coincé, ce qui peut occasionner la succion désorganisée. L'ostéopathe pourra également travailler sur le mention de Grégoire et sur sa mâchoire inférieure. Comme je sais que le cas de Grégoire est compliqué, je propose le nom d'un ostéopathe en qui j'ai confiance.
  • Pour relancer sa lactation, je propose à la mère de tirer son lait au moins toutes les trois heures avec un très bon tire-lait en double pompage, en utilisant la méthode de Jane Morton. Je lui propose également de voir avec son médecin l'opportunité de commencer une cure de fénugrec.
  • Je lui montre comment bien placer les bouts de sein en silicone pour que Grégoire puisse stimuler au maximum.
  • Je lui réexplique comment bien donner le biberon.
  • Je suggère de proposer le sein à Grégoire quand il a faim pendant quelques minutes, puis de lui donner un biberon (car les parents ne veulent pas d'une autre manière de donner les compléments), puis de tirer le lait.
Les parents sont d'accord pour le protocole. Ils emmènent Grégoire chez leur ostéopathe habituel qui ne décèle aucun problème (!), puis vers une spécialiste des os du crâne qui ne voit pas non plus de problème (!). La mère pense alors à sevrer son bébé car elle voit bien qu'il tète très mal et pense qu'il n'y a plus d'espoir.
Je me permets d'insister pour qu'elle aille voir l'ostéopathe que je lui avais indiqué : celui-ci confirme que le grand hypoglosse est écrasé au niveau des cervicales, il détecte un souci au niveau des muscles orbiculaires de la bouche qui empêche Grégoire de placer ses lèvres correctement, il travaille sur le menton et remet la mâchoire en place.
Juste après le rendez-vous, dans la salle d'attente de l'ostéopathe, Grégoire réussi à faire une tétée au sein beaucoup plus efficace.
Mais dès le lendemain, la succion est à nouveau compliquée.
Il faudra 5 séances d'ostéopathe pour que la succion se stabilise et que les tétées deviennent vraiment efficaces.
Petit à petit, le menton avance un peu mais reste encore trop en retrait pour que Grégoire réussisse à prendre le sein sans bout de sein en silicone.

Pendant ce temps là, la mère met en place des tirages de lait efficaces et la lactation remonte jusqu'à ce qu'elle puisse se passer de préparation pour nourrisson et nourrir Grégoire entièrement au lait maternel.

Lorsque Grégoire a 3 mois, il réussi pour la première fois à se nourrir entièrement au sein (avec des bouts de sein en silicone), sans avoir besoin de biberons.
 
Dans ce cas, le fait que Grégoire soit rétrognathe n'est pas le seul souci mais il a empêché un retour au sein sans les bouts de sein en silicone.
Bibliographie
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, 2014, Jones and Bartlett Learning,  page 270.
  • Catherine Watson Genna, Supporting sucking skills, Jones and Bartlett Publishers, 2008, page 318.
  • Lawrence, Breastfeeding, Elsevier, 2016, page 249.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 7 mars 2016 :  
Succion du nourrisson et positions d’allaitement, comprendre et transmettre.

N’hésitez pas à faire circuler l’information auprès de vos collègues.

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