Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
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En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

Cas clinique 1

Cette mère a démarré un allaitement très douloureux, avec des bouts de sein en silicone. Son bébé présente un frein de langue trop serré, il est rétrognate.
Après la section du frein de langue, nous essayons de supprimer les bouts de sein en silicone...

Cas clinique 2

Cette mère démarre l'allaitement avec des bouts de sein en silicone sur les conseils de la maternité. Mais son bébé ne prend pas de poids correctement et elle souhaite pouvoir l'allaiter sans les bouts de sein en silicone...

Marin

Etude du cas clinique

Cette mère accouche par voie basse et à terme d'un petit garçon, Marin, de 3,410 kg.
L'allaitement est douloureux dès les premières tétées et la maternité conseille à la mère d'utiliser des bouts de sein en silicone.
Au retour à la maison, Marin tète toutes les 4 h et dort beaucoup. A J10, le pédiatre dit à la mère que la prise de poids n'est pas suffisante. La mère propose alors à son bébé de téter deux fois plus souvent et lui propose à téter au moins toutes les deux heures. Mais Marin ne prend toujours que 20 g par jour et s'endort au sein.
 
La mère fait appel à moi lorsque Marin a trois semaines. Il pèse alors 3,500 kg et les tétées sont douloureuses.

Mon intervention
J'observe la bouche de Marin et je remarque différents points :
- Son palais est assez haut mais surtout l'os du palais redescend en pente forte et lorsqu'il tète mon doigt, le doigt cogne contre l'arrière de l'os du palais.
- Marin est rétrognate.
- Il présente un frein de langue serré qui ne lui permet pas de bien avancer la langue pour téter.
Lorsque j'observe une tétée, je me rends compte que Marin ouvre très bien la bouche mais qu'il a beaucoup de mal à prendre le sein sans le bout de sein en silicone car la langue n'arrive pas suffisamment loin sous le sein.
Je montre à la mère comment mettre le bout de sein en silicone en le retournant et en l'étirant. Ainsi le bébé a plus de sein en bouche et avale beaucoup moins d'air.
Nous revoyons ensemble la prise du sein en madone inversée et la tétée est déjà nettement plus confortable pour la mère et plus efficace pour le bébé.
Je lui propose de prendre rendez-vous avec un ORL pour envisager une section du frein de langue.
 
Le frein de langue est coupé deux jours plus tard, en trois fois car il était très serré.
Je revois Marin et sa mère cinq jours après.
La succion au doigt est alors très différente de la première fois : Marin peut placer sa langue correctement sous le doigt, celui-ci ne cogne plus contre l'os du palais mais avance presque jusqu'au palais mou. Je sens alors une succion très forte.
Lorsque l'on regarde le visage de Marin, on se rend compte de manière évidente que le menton a avancé et que Marin n'est presque plus rétrognate.
 
Nous revoyons ensemble la prise du sein sans bout de sein en silicone. Le bébé prend parfaitement bien le sein avec une large ouverture de bouche. Lorsqu'il lâche le sein, celui-ci conserve sa forme habituelle, signe d'une bonne prise du sein. Cependant la mère ressent toujours des douleurs.
Nous convenons qu'elle essaye deux jours de bien placer son bébé au sein sans bout de sein en silicone mais nous voyons également comment lui faire bien prendre le sein avec le bout de sein en silicone au cas où les tétées seraient trop douloureuses.
La mère me rappelle au bout de deux jours, elle remet le bout de sein en silicone car sinon les douleurs sont trop importantes mais avec le bout de sein en silicone, tout se passe très bien.
Nous convenons de poursuivre avec le bout de sein en silicone, tout en surveillant le poids.
A six semaines, Marin pèse 4,100 kg.
A trois mois, Marin pèse 5,400 kg. La prise de poids est parfaite.
La mère poursuit son allaitement avec le bout de sein en silicone et une excellente prise du sein pendant 9 mois, sans aucun souci.
 
Dans ce cas, j'avais senti une lors de l'examen de la succion au doigt que Marin créait un vide très important. L'équipe de recherche du Pr Hartmann (en Australie), a montré que certains bébés créent un vide tellement important dans leur bouche lors de la succion que cela peut créer des douleurs à la mère et que dans ce cas, un bout de sein en silicone peut résoudre le problème des douleurs. C'est tout à fait ce qui s'est passé avec Marin.
 
J'ai revu cette mère pour son deuxième enfant qu'elle a allaité sans bout de sein en silicone et sans souci particulier.

Sandra

Etude du cas clinique

Cette mère accouche à terme d’une petite fille, Sandra,  de 3,750 kg. Elle souhaite allaiter et demande à ce que son bébé soit mis au sein en salle de naissance. La personne qui met le bébé au sein lui pousse la tête contre le sein et Sandra se cambre en arrière et refuse de téter. Choquée par cette façon de faire, la mère décide de se débrouiller seule et remet son bébé au sein une fois remontée en chambre. Sandra réussi à prendre le sein mais la tétée est douloureuse.
Le personnel dit à la mère que ça ne marchera jamais et lui propose des bouts de sein en silicone.
La mère rentre donc à la maison et poursuit son allaitement avec des bouts de sein en silicone. Mais les tétées restent douloureuses et la prise de poids n'est pas bonne. A 3 semaines, Sandra pèse 3,800 kg.
La mère fait alors appel à moi.

Mon intervention
J'observe la bouche du bébé qui est parfaitement normale, la succion au doigt est forte et devient légèrement inconfortable pour le doigt au bout d'un moment.
J'observe une tétée et je m'aperçois alors que Sandra ne prend en bouche que la partie saillante du bout de sein en silicone et pince fort. Le mamelon est irrité.
Nous revoyons ensemble la prise du sein et je montre à la mère que Sandra est tout à fait capable de très bien prendre le sein sans le bout de sein en silicone, avec une ouverture de bouche parfaite, que ce soit en position de madone inversée ou en position biological nurturing. Les tétées restent douloureuses mais il reste, à ce moment là, la possibilité que ce soit parce que les mamelons sont irrités.
J'explique alors à la mère comment faire des pansements au lait maternel et je lui propose de donner le sein sans bout de sein en silicone pendant trois jours, en faisant des pansements au lait maternel entre chaque tétée.
 
La mère me rappelle trois jours plus tard. Elle m'explique que les pansements au lait maternel lui font du bien mais que les tétées restent douloureuses alors qu'elle a l'impression de bien mettre son bébé au sein. Nous convenons d'un nouveau rendez-vous pour le lendemain.
J'observe la tétée qui est absolument parfaite : le bébé est parfaitement installé au sein avec une bonne ouverture de bouche.
Je propose à la mère de remettre le bout de sein en silicone en travaillant une bonne prise du sein, plus compliquée avec un bout de sein en silicone. Le soulagement est immédiat et le bébé tète toujours très bien.
La mère décide alors de garder le bout de sein en silicone.
Elle allaite 4 mois avec ce bout de sein en silicone, Sandra grossit parfaitement bien et la mère est satisfaite.
 
Pour moi, ce cas est très similaire au précédent et la force de succion du bébé, légèrement inconfortable au doigt, devient douloureuse sur un mamelon. C'est un des rares cas dans lequel le bout de sein en silicone est une bonne indication, à condition que le bébé le prenne bien.
Bibliographie
  • Medela, actes du 5e symposium international sur l'allaitement et la lactation humaine, 2010.
  • Mannel, Martens, Walker, Core Curriculum for lactation consultant practice, ILCA, 2013.
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, Using the evidence, Jones and Bartlett Publishers, 2014.

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La prochaine aura lieu le lundi 13 avril 2015 :
Toutes les nouvelles études et données sur l’allaitement depuis 10 ans.


N’hésitez pas à faire circuler l’information auprès de vos collègues.

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