Je suis consultante en lactation certifiée IBCLC, seule certification internationalement reconnue en matière d'allaitement maternel.

Bonjour,

Ma newsletter vous propose chaque mois des cas cliniques sur un thème, accompagnés d’une bibliographie. Ces cas cliniques vous permettent une mise à jour mensuelle de vos connaissances en matière d’allaitement. N’hésitez donc pas à partager cette newsletter avec vos collègues.
Si vous souhaitez faire un commentaire, vous pouvez l’envoyer à contact@allaiteraparis.fr.
En vous souhaitant une bonne lecture.
 
Véronique Darmangeat, consultante en lactation certifiée IBCLC.

 

Ce mois-ci, une fois n’est pas coutume, je vous propose un seul cas clinique qui pose des questions très particulières.

Cas clinique

Lou a des problème de succion depuis la naissance mais à deux mois, la situation devient critique avec une impossibilité à déglutir et une hospitalisation nécessaire.

Impossibilité de déglutir

Etude du cas clinique

Cette mère accouche à terme et par voie basse d’une petite fille, Lou de 3,180 kg. Lou est mise au sein après les premiers soins. La tétée est douloureuse pour la mère et très rapidement des crevasses se forment au sein droit.
Lou reprend du poids est la mère et le bébé rentrent à la maison à J4. Lou pèse alors 3 kg. A J7, Lou pèse 3,090 kg.

La deuxième semaine est difficile. La mère décrit de nombreux pleurs, un bébé qui tète beaucoup, dort peu et des douleurs aux mamelons qui s’intensifient. La mère décide alors d’utiliser des bouts de sein en silicone dans l’espoir de faire diminuer les douleurs. Les parents proposent une tétine à leur bébé pour l’aider à dormir.
A J14, les parents amènent Lou chez le pédiatre. Elle pèse alors 3,080 kg. Le pédiatre demande aux parents de proposer un biberon après avoir donné les deux seins et de laisser prendre Lou ce qu’elle veut dans la limite de 60 ml.
Les parents mettent cela en place mais Lou a tendance à s’endormir et a du mal à prendre le biberon.
A J17, Lou pèse 3,110 kg, 3,260 kg à J20 et 3,460 kg à J24.
La mère lit sur internet que les bouts de sein peuvent être responsables d’un mauvais transfert de lait et elle décide alors de les enlever et de tirer son lait pour stimuler la lactation.

Mon intervention
Les parents font appel à moi à J28 car ils voudraient revenir à un allaitement exclusif et sans douleur.
La mère me décrit des douleurs à la prise du sein et après la tétée, les crevasses ont cicatrisé.
Elle tire son lait trois fois par jour avec un tire-lait Medela Symphony et obtient 60 ml à chaque tirage.
Lou prend 200 ml de complément de préparation pour nourrisson au biberon par 24h. Les parents décrivent des tétées anarchiques.

J’observe la bouche du bébé : le palais, le menton et la langue du bébé ne présentent pas de particularité mais Lou ouvre très peu la bouche. Je lui propose mon petit doigt à téter et je m’aperçois que son mouvement de succion est complètement désordonné, elle ne sait pas téter correctement.
J’observe une tétée : la prise du sein n’est pas bonne (ce qui n’est pas étonnant avec l’ouverture de bouche de Lou), Lou déglutit bien pendant une ou deux minutes puis n’obtient plus de lait. Elle prend ensuite le biberon : la succion n’est pas meilleure mais le lait coulant plus facilement elle boit mieux.

A ce stade, n’ayant pas vu le bébé avant que les biberons soient introduits, j’ignore si le biberon a accentué un souci de succion, si le problème était présent dès le début.
J’insiste auprès des parents sur le fait qu’il est très important de s’assurer que Lou mange suffisamment avant toute chose.

Ceci posé, je leur propose plusieurs solutions pour remettre en place l’allaitement. Au vu du gros problème de succion, je leur propose de donner les compléments au doigt, soit avec un DAL, soit à la seringue pour que Lou soit amenée à faire toujours le même mouvement de langue. Mais les parents souhaitent garder le biberon qui les rassure.
Je propose également de consulter un ostéopathe pour aider Lou à ouvrir mieux la bouche et pour vérifier si le grand hypoglosse n’est pas coincé, ce qui pourrait expliquer la succion désorganisée. Je leur propose des ostéopathes connaissant ce genre de souci chez les bébés. Les parents préfèrent consulter l’ostéopathe qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance.
Je propose à la mère de poursuivre l’usage du tire-lait et d’augmenter le nombre de tirages par 24h pour relancer la lactation et permettre au bébé de manger plus facilement au sein. Cela permettrait également de supprimer l’usage de la préparation pour nourrisson et de nourrir Lou uniquement avec le lait de sa mère.
Enfin je montre à la mère comment améliorer autant que possible la prise du sein en utilisant des positions permettant à Lou de se placer correctement au sein.

Je n’ai plus de nouvelles.

Lou est vue par l’ostéopathe quelques jours plus tard et la mère trouve que Lou tète mieux. Elle continue les compléments et le tire-lait.
A J33, Lou pèse 3,780 kg. Les parents sont rassurés.
Petit à petit, Lou prend de moins en moins de compléments. Elle déclare un muguet traité pendant 15 jours et refuse les biberons. La mère pense que Lou est plus efficace au sein et n’a donc plus besoin des compléments qu’elle arrête, ainsi que le tire-lait. Lou tète toutes les 2 ou 3 heures et passe son temps en écharpe contre sa mère. Elle pleure dès qu’on la pose.
A un mois et trois semaines, Lou recommence à mal téter. Sa mère souhaite alors lui redonner des biberons que Lou refuse totalement.

Inquiète, la mère l’emmène chez la pédiatre. Lou pèse 3,980 kg à 2 mois. La pédiatre diagnostique un reflux gastro-œsophagien et prescrit de l’Inexium. Elle demande aux parents de recommencer les biberons.

La mère me recontacte en pleurs le lendemain parce que Lou ne prend pas le biberon. Elle est inquiète. Je vais la voir le jour même.
Lou hurle depuis des heures quand j’arrive et refuse le sein. La mère pleure autant que son bébé. Je propose à la mère de prendre son bébé pour qu’elle puisse s’assoir et se détendre un peu. Je calme Lou dans mes bras, pendant que la mère m’explique que Lou n’a rien voulu d’autre que le sein depuis le matin.

J’observe la succion de Lou qui est encore pire que lorsque je l’ai vue la première fois. Je l’installe au sein de sa mère et je m’aperçois qu’elle ne déglutit rien du tout. Je demande à la mère combien il y a eu de couches souillées depuis 24h et sa réponse m’inquiète au plus haut point : une urine en 24h.

Je propose à la mère que l’on essaie de lui donner des compléments au doigt puisqu’elle refuse le biberon. J’essaie la seringue au doigt, puis le DAL au doigt : Lou semble ne pas réussir à avaler. Dès que du lait arrive dans sa bouche, elle a un spasme et recrache.
Avec l’accord de la mère, je contacte la pédiatre et lui explique la situation : Lou n’a rien avalé depuis le matin et n’arrive plus à déglutir. La pédiatre me demande d’envoyer le bébé à l’hôpital et prévient ceux-ci de l’arrivée des parents avec Lou.

A l’hôpital, le même constat est fait, Lou n’arrive plus à déglutir. Elle est mise sous perfusion et sous sonde gastrique et nourrie ainsi pendant 24 heures. Ensuite un biberon lui est proposé, qu’elle arrive à prendre avec du temps. La sonde gastrique est retirée et Lou nourrie au biberon. Les parents décident d’arrêter l’allaitement, ils ont eu vraiment beaucoup trop peur. Mais aucune investigation n’est menée sur les raisons de la difficulté de succion et de déglutition de Lou.
 
Lou m’a renforcée dans ma conviction qu’il faut toujours bien vérifier qu’un bébé est capable de se nourrir avant de supprimer des compléments. Mais je reste frustrée de ne pas comprendre quel est le souci chez cette petite fille et l’origine de ses difficultés.
Bibliographie
  • L’allaitement, comprendre et réussir, Jack Newman et Teresa Pitman, Jack Newman Communications, 2006.
  • Medela, La science de la succion chez le nourrisson, The University of Western Australia, CD, 2009.
  • Catherine Watson Genna, Supporting sucking skills, Jones and Bartlett Publishers, 2008.
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, Jones and Bartlett Publishers, 2006.

Pour aller plus loin dans l’apprentissage de la gestion de ce genre de situations, je vous propose de vous inscrire à mes formations approfondies à l’allaitement maternel.

La prochaine aura lieu le lundi 10 mars 2014 :
Savoir s’organiser quand on s’occupe d’allaitement.

N’hésitez pas à faire circuler l’information auprès de vos collègues formation.

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